Archive pour 31 juillet 2008

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Alors partir ?

Roman de Julia Billet aux éditions du Seuil (Karactères). 2008

Dans cette communauté, les caravanes occupent le même emplacement, coincées entre rocades et voies rapides, les gitans qui vivent là dans l’indifférence générale ont abandonné la route. Certains des enfants sont scolarisés comme jaime, un lycéen passionné de littérature qui s’apprête à passer le bac. Tous les soirs il fait la lecture à la vieille Yaya des textes qu’il a découvert et qu’il aime passionnément. Mais vient une lettre de la mairie qui annonce l’expulsion de la communauté…Faudra-t-il partir ? Reprendre la route ? Les gitans le savent bien, on ne les tolère que difficilement autour des villes et la haine n’est jamais loin, prête à ressurgir :est-ce ce souvenir qui enferme la vieille Yaya dans le mutisme depuis l’avis d’expulsion ? Son secret, elle doit le transmettre pour que survive son peuple.

Excellent roman qui pose la question de la liberté dans des sociétés de plus en plus corsetées où l’on doit être inscrit, fichés pour exister et avoir des droits. Mal aimés, rejetés à la périphérie, le gitans ont troqué la roulotte et le cheval pour des caravanes et des voitures parce qu’ils sont des “gens du voyage” mais tout est fait pour qu’ils quittent la route et s’intègrent : à quel prix ? Comment concilier culture de la route et intégration ? Quelle place pour ces communautés tziganes, roms ou gitanes dans notre société ? Sur les chemins tortueux de la mémoire de la vieille Yaya, on relit le passé dramatique des roms, en écoutant la sagesse des anciens qui tempère la fougue de la jeunesse, l’auteur nous fait partager les craintes et les interrogations du peuple de la route qui ballotte entre deux tentations : s’intégrer ou défendre farouchement ce désir vital de liberté tout en sachant que la haine est tapie là, prête à resurgir.

Un récit très bien construit, un texte très bien écrit, des personnages forts et attachants, ce roman est un plaisir en même temps qu’une invitation à s’interroger sur le devenir des gitans et le regard posé sur eux. Un roman très riche à exploiter avec des jeunes.

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L’enfant de Guernica

Roman de Guy JIMENES aux éditions Oskar publié en avril 2007.

Isaura est une jeune étudiante en archéologie. Préoccupée comme beaucoup d’espagnols de sa génération par le silence entourant la Guerre civile qui a si fortement marquée l’histoire de son pays , elle se décide à participer à un chantier d’exhumation de corps de suppliciés fusillés par les franquistes. Si Isaura est aussi motivée pour comprendre ce passé, c’est qu’elle ignore tout de celui de son père. Qui était-il pendant la Guerre civile ? Comment a-t-il vécu les heures sombres du franquisme ? En exhortant son père à parler, c’est tout une histoire intimement mêlée aux événements à jamais fixés par Picasso dans son tableau Guernica qui vont se révéler.

Deux histoires successives dans ce roman, celle d’Emilio, jeune paysan présent sur le marché de Guernica avec sa famille le jour funeste du bombardement d’avril 1936 puis celle d’Isaura, qui cherche à exhumer le passé de son père dont elle ne sait rien. Un fil rouge tout au long de l’histoire : le célèbre tableau de Picasso, son élaboration et sa réception par le public et les protagonistes dont on sent qu’ils y sont intimement liés.

L’idée est excellente de bâtir une histoire autour du Guernica de Picasso à la fois pour en donner une lecture et en découvrir la genèse puis pour illustrer toute la complexité du la Guerre civile espagnole et les traumatisme qu’elle a provoqué dans les familles. Néanmoins, si la trame romanesque tient la route, j’ai été assez peu séduit par l’écriture. Cela manque de souffle et si ce n’était l’histoire en elle-même, je trouve que le romancier peine à “embarquer” le lecteur. La faute peut-être à des dialogues parfois un peu plat, à des personnages finalement assez peu “charnels”. A ce titre, je trouve la première partie assez frustrante. En tant que lecteur, on n’est pas à Guernica ce funeste jour d’avril, on ne ressent pas tout l’effroi du bombardement alors que les mots sont là, les personnages aussi ainsi que la progression dramatique mais il manque ce je ne sais quoi qui fait basculer la lecture : une question de style certainement !