Roman de Julia Billet aux éditions du Seuil (Karactères). 2008
Dans cette communauté, les caravanes occupent le même emplacement, coincées entre rocades et voies rapides, les gitans qui vivent là dans l’indifférence générale ont abandonné la route. Certains des enfants sont scolarisés comme jaime, un lycéen passionné de littérature qui s’apprête à passer le bac. Tous les soirs il fait la lecture à la vieille Yaya des textes qu’il a découvert et qu’il aime passionnément. Mais vient une lettre de la mairie qui annonce l’expulsion de la communauté…Faudra-t-il partir ? Reprendre la route ? Les gitans le savent bien, on ne les tolère que difficilement autour des villes et la haine n’est jamais loin, prête à ressurgir :est-ce ce souvenir qui enferme la vieille Yaya dans le mutisme depuis l’avis d’expulsion ? Son secret, elle doit le transmettre pour que survive son peuple.
Excellent roman qui pose la question de la liberté dans des sociétés de plus en plus corsetées où l’on doit être inscrit, fichés pour exister et avoir des droits. Mal aimés, rejetés à la périphérie, le gitans ont troqué la roulotte et le cheval pour des caravanes et des voitures parce qu’ils sont des “gens du voyage” mais tout est fait pour qu’ils quittent la route et s’intègrent : à quel prix ? Comment concilier culture de la route et intégration ? Quelle place pour ces communautés tziganes, roms ou gitanes dans notre société ? Sur les chemins tortueux de la mémoire de la vieille Yaya, on relit le passé dramatique des roms, en écoutant la sagesse des anciens qui tempère la fougue de la jeunesse, l’auteur nous fait partager les craintes et les interrogations du peuple de la route qui ballotte entre deux tentations : s’intégrer ou défendre farouchement ce désir vital de liberté tout en sachant que la haine est tapie là, prête à resurgir.
Un récit très bien construit, un texte très bien écrit, des personnages forts et attachants, ce roman est un plaisir en même temps qu’une invitation à s’interroger sur le devenir des gitans et le regard posé sur eux. Un roman très riche à exploiter avec des jeunes.

