Archive pour mai 2007

30
mai
07

Eldorado

Eldorado de Laurent Gaudé aux éditions Actes Sud. 2006.

L’Eldorado, c’est la citadelle Europe où désirent se rendre nombres d’hommes ou de femmes attirés par la possibilité de s’enrichir et vivre une autre vie, celle entrevue via les écrans de TV. Dans ces terres d’opulence, les candidats à l’immigration imaginent trouver aisément un emploi et pouvoir débuter une nouvelle vie, loin de la misère ou des guerres. Parmi les premiers à “accueillir” ces femmes et ces hommes, il y a le capitaine d’un navire chargé d’intercepter les bateaux, Salvatore Piracci. Au large de la Sicile, il accoste les frêles embarcations, non pour les repousser, mais pour venir au secours des embarqués guidés là par des passeurs sans états d’âme. Et puis un jour, il ne pourra plus supporter ces regards éteints, ces corps sans vie et une rencontre achèvera de bouleverser le cours de son existence.

Soleiman lui, est soudanais. C’est un candidat à l’immigration clandestine. Avec son frère, ils réunissent toutes leurs économie pour le grand voyage. Mais il ne peut imaginer combien lui coûtera la traversée…bien plus que l’argent, Soleiman y perdra son âme.

Un récit fort et prenant, dérangeant aussi parce qu’il donne chair – par les mots – aux images du journal de 20h. Ces images que l’on découvre, assis dans nos salons, sans pouvoir imaginer quel courage et quelle force il a fallu à ces femmes et ces hommes pour accepter un jour de tout quitter et tenter de rejoindre l’Eldorado. C’est comme toujours très bien écrit, la prose de Laurent Gaudé sait accompagner l’âpreté du récit, les personnages sont magnifiquement campés. Comme Piracci, le lecteur- voyeur est peu à peu destabilisé, rongé par le doute et l’incertitude. Pas de solutions, pas d’explications, le récit nous laisse avec seulement des questions et une vraie gueule de bois : de quoi sera fait demain, saurons-nous faire de l’Eldorado autre chose qu’un mythe destructeur ? Ces portes d’Europe où viennent se briser tant d’espoirs, sont celles qui abritent nos certitudes et nos richesses. L. Gaudé nous contraint à porter un autre regard sur l’Autre que l’on ne voudrait voir, il lui a donné un nom, des noms et des destins.

20
mai
07

Le combat d’hiver

mourlevatcombat.jpgRoman de Jean-Claude Mourlevat aux éditions Gallimard jeunesse.

Helen Dorman et Milena Bach sont recluses dans un orphelinat à la discipline de fer. Comme leurs camarades d’infortune, elles sont retenues dans ces internats pour être rééduquées. Leur crime : être les enfants des opposants politiques du mouvement de La Phalange qui a pris le pouvoir par la force et a instauré une véritable dictature dans ce pays dont on ignore le nom. Mais Milena, puis Helen s’enfuient en compagnie de deux garçon (Milos et Bartoloméo) et ensemble, ils reprennent la lutte contre l’oppresseur comme avant eux leurs parents.

Un coup de coeur ! Le récit est captivant, le mélange entre réalisme et fantastique (les hommes-chiens, les hommes-chevaux) se marie fort bien et ne laisse aucun répit au lecteur qui n’a qu’une hâte : connaître l’issue de cette lutte pour la liberté. Les personnages mis en scène par Mourlevat sont attachants, les véritables héros ne sont peut être pas ceux que l’on croit et c’est une des richesses du roman. L’univers imaginé par J.C Mourlevat est inquiétant, voire oppressant comme l’atmosphère qui doit régner sous un régime autoritaire où les libertés sont strictement “encadrées”. Difficile d’imaginer échapper à ce qui semble devoir être immuable et pourtant…