Archive pour avril 2007

28
avr
07

Le hussard

518vckwnd3l_aa240_.jpgRoman de Arturo Perez-Reverte aux éditions du Seuil. 2005

Le décors est planté, nous sommes en 1808, les troupes impériales françaises peinent à remettre de l’ordre dans une Espagne farouche qui lutte pour rester indépendante. Deux officiers du 4ème régiment de hussards, qui rêvent de gloire et de faits d’armes, ne comprennent pas que les espagnols refusent d’adhérer aux idées de la Révolution française qu’ils viennent propager dans le sillage de leurs chevauchées guerrières au nom de l’Empereur. Pour Frédéric Glüntz et Michel de Bourmont, le peuple espagnol est sous le joug de la monarchie et de l’Eglise, leur combat est légitime puisqu’ils viennent les libérer de cette oppression. Décontenancés par la résistance des soldats espagnols et plus encore par la “guerrilla” contraires aux principes de guerre qu’ils vénèrent, les deux officiers hussards découvrent l’horreur de la guerre et l’inanité de leurs aspirations face à la détermination d’un peuple fier dans une lutte sans merci.

Un roman qui se lit d’une traite, on est happé par le récit et littéralement entraîné dans une folle chevauchée dramatique aux côtés des hussards du 4ème régiment. Rien n’est épargné au lecteur depuis les préparatifs de la bataille jusqu’aux charges meurtrières. Peu à peu la superbe des officiers se patine à l’épreuve du feu, l’honneur et les rêves de gloire deviennent vite dérisoires dans cet affrontement hors norme avec un ennemi qui lutte corps et âme pour sa terre. Une passionnante découverte de l’élite de l’armée impériale : les hussards, une dramatique histoire où de jeunes hommes épris de gloire perdent leurs idéaux dans la boue et le sang du champs de bataille.

28
avr
07

Maestro

31s27f415dl_aa240_.jpg Roman de Xavier Laurent-Petit aux éditions L’école des loisirs (Médium) 2005.

Dans un pays qui n’est pas nommé mais qu’on devine être un régime autoritaire d’Amérique du Sud, Saturnino et sa soeur Luzia font partie de ces enfants errants qui sont soit cireurs de chaussures, vendeurs de journaux, laveurs de voitures ou encore chiffonniers. Pauvres parmi les plus pauvres, sans adultes pour les soutenir et délaissés par les autorités, ils survivent avec difficulté dans une société qui les voient à peine. Tout est danger dans les rues de cet état totalitaire, à commencer par les “macacos”, les escadrons de la mort locaux qui assassinent sans remords et sans témoins, les enfants des rues. Pas d’avenir pour Saturnino et sa soeur, pas plus pour son ami “Patte-Folle”, chaque jour qui passe est une victoire amère jusqu’à ce que le trio rencontre un vieil homme qui se dit chef d’orchestre et les invite à venir chez lui. Est-ce un piège ? Pourquoi un homme manifestement riche se préoccuperait de vulgaires gamins des rues ?

Xavier Laurent Petit nous immerge brutalement dans l’univers impitoyable des gosses de la rue du Brésil ou d’ailleurs. Pas de précisions sur le lieu, c’est avant tout une fiction, une histoire pour évoquer la vie (survie !) des ces enfants dans les rues de grandes métropoles où leur présence “dérange” les pouvoirs en place. La rencontre avec “le vieux”, cet exilé de retour au pays, grand musicien qui décide d’accueillir sous son toit dans une “escuela de musica” ces va-nu-pied peut paraître improbable au premier abord, elle l’est moins si l’on a lu le magazine Géo de novembre 2006 consacré aux banlieues du monde. En lisant un article sur d’anciennes gloires du sport qui, au Brésil, donnent de leur temps au enfants des favelas pour leur apprendre via l’apprentissage d’un sport à intégrer des règles, à apprendre à vivre avec autrui en le respectant, à leur redonner confiance en eux et en l’avenir, on doute moins de l’option choisie par l’écrivain. Là, c’est par la musique que le miracle s’opère et on y assiste grâce au personnage principal, Saturnino, qui fait partager au lecteur ses doutes, ses peurs mais aussi sa découverte de la beauté de la musique et de la générosité d’un vieil homme qui refuse de rester les bras croisés face aux injustices d’une société implacable. Un texte pour réflechir sur la conditions des gamins des rues, un texte qui s’apprécie aussi tout simplement pour son écriture efficace, sans fioriture, qui sait provoquer la rencontre entre Saturnino et ses amis et le lecteur confortablement assis dans son fauteuil…pour une prise de conscience il est vrai perturbante. Un texte fort pour une histoire qui, si elle reste une fiction, pourrait fort ressembler à des parcours de vie bien réels.

27
avr
07

Le garçon qui se taisait

lowrytaisait.gifRoman de Lois Lowry aux éditions de l’école des loisirs (Médium) 2005.

Quand on a lu plusieurs romans de L. Lowry, on est assez surpris par le ton et le sujet de celui-ci. Pas d’univers fantastique, mais une histoire qui fleur bon le récit de vie, les souvenirs d’enfance d’une jeune fille. Cette dernière se prénomme Katy et son histoire débute en cet automne 1908 ou une rencontre avec un étrange garçon va bouleverser sa vie. Tout le roman est divisé en chapitres s’ouvrant sur une photo d’époque, pretexte à l’évocation d’un nouveau souvenir tout en remontant le temps pour aboutir à 1911. Dans ce court laps de temps, la narratrice évoque tout autant le mode de vie et les transformations liées au progrés en marche aux USA que la relation forte entretenue avec un jeune garçon dont la “différence” fait toute la richesse du roman. L. Lowry invite le lecteur à mieux connaître Jacob, comme elle même en fait l’effort, pour mieux appréhender la différence et le handicap. Les ados seront peut être sévère avec l’écriture du roman très (trop ?) classique (mais c’est une vieille femme qui fait le récit de son enfance du début du XXe siècle !) au risque de le délaisser avant de l’avoir achevé. Ce serait vraiment dommage parce que le récit est d’une grande sensibilité et le drame qui couve ne devrait pas laisser de marbre les lecteurs et les amener à beaucoup de réflexions. Comme à son habitude, la romancière ne dit pas tout, à la manière d’un peintre impressionniste, elle procède à petites touches sur la toile d’un récit de vie qui prend tout son sens avec la lecture. Encore faut-il prendre un peu de recul pour apprécier à sa juste valeur cette très belle histoire dramatique.

27
avr
07

Terminus Nord

41a09626tnl_aa240_.jpgRoman de Malika Wagner aux éditions Actes Sud (Babel Junior)

C’était comment la banlieue parisienne dans les années 70 ? Comment y vivait-on à 16-17 ans, que l’on est fille d’immigrés et que la seule escapade consiste à prendre le RER pour aller flâner sur les quais de la gare du Nord ? Si l’action du roman se passe en 1976, cela ne devraient pas perturber les lecteurs de 2007 tant l’histoire est éclairante sur les difficultés liées à la vie en banlieue. Ces ados sont finallement très proches des préoccupations de jeunes quelles que soient les générations et les réflexions de la principale protagoniste, Malika, sont précieuses pour comprendre l’univers dans lequel on pu vivre certaines adolescentes issues de l’immigration. Leurs rêves, leurs espoirs mais aussi leurs discussions, tout cela n’est pas si daté et devrait “parler” aux lecteurs actuels. La langue est vivante, accessible, un roman qui parle vrai, qui donne à réflechir sur la banlieue, la vie dans les citées, le choc des cultures et la difficulté de grandir et d’entrer dans l’âge adulte.

19
avr
07

La vie Blues

nolanblues.jpegRoman de Han Nolan aux éditions Gallimard (scripto) traduit de l’anglais (américain) par Laetitia Devaux. 2003

Un roman coup de poing, de ceux qui vous fait l’effet d’un uppercut en pleine poitrine et vous laisse le souffle coupé. C’est une histoire poignante qui ne peut laisser indifférent, un récit qui dérange mais qu’on dévore parce qu’il sonne vrai.

Janie est en famille d’accueil, délaissée par sa mère dès son plus jeune âge, elle se sent noire corps et âme et ne trouve de réconfort qu’en écoutant les “Dames”, les chanteuses afro-américaine Aretha Franklin, ou encore Etta Jones. Mais Janie est blanche bien que dôtée d’une voix qui ne demande qu’à s’affirmer, une voix “noire” de blueswoman, ce qu’elle ambitionne d’ailleurs de devenir. Si Janie est blanche, elle parle comme la minorité noire défavorisée d’Alabama, et sa vie épouse le même parcours parsemé de violence, sur fond de drogue, vol et trahisons. Janie sûre de la puissance de sa voix “noire” veut devenir à tout prix chanteuse célèbre et met tout en oeuvre pour y parvenir. Mais dans cette quête du succès et cette quête de soi, le chemin est semé d’embûches.

Han Nolan nous conte une histoire de vie sombre, sur fond de drogue et de violence mais le personnage qu’elle construit est pourtant -malgré sa “noirceur”- attachant. On peut être dérouté par la langue -celle d’une jeune noire d’un milieu très défavorisé avec peu de vocabulaire, beaucoup de verdeur- mais c’est d’une telle authenticité et cela colle tellement au personnage que le choix de l’auteur est tout à fait justifié. Un roman à lire en écoutant les “Dames”, en se laissant toucher par la grâce de la voix de celle qui, en se faisant appeler Leshaya trace sa voie et nous offre l’histoire de sa vie si blues, un blues très noir mais aussi puissant et envoûtant. Le personnage de Janie/Leshaya nous habite longtemps une fois la dernière note du roman jouée, la suivre est une épreuve âpre et souvent douloureuse mais quel beau texte au final dont on ne sort pas indemne…