Archive pour janvier 2007

20
jan
07

Tobie Lolness

fombelletobie.jpgRoman de Timothée de Fombelle aux éditions Gallimard jeunesse.

Enfin ! Voilà mon premier vrai coup de coeur dans cette sélection. Quel beau roman, je l’ai littéralement dévoré, impatient chaque soir de m’y replonger et si j’avais hâte de connaître la fin de ce premier épisode, c’est avec un vrai pincement au coeur que j’ai tourné la dernière page. On y trouve de la poésie, de l’inventivité, on se régale avec le langage et on vibre pour les aventures de Tobie. Je ne connaissais rien du monde créé par T. de Fombelle avant d’ouvrir le livre, mais je suis sous le charme et stupéfait par le talent avec lequel il nous raconte cette histoire. Le début du roman plonge le lecteur immédiatement dans l’angoisse de la traque et l’implique totalement. Adroitement, l’auteur joue du flash back pour nous révéler les raisons de la disgrâce de Tobie et de sa famille sur laquelle on en apprend un peu plus au fil des pages. L’apparition successive de personnages particulièrement bien campés ajoute à la structuration du récit qui alterne à merveille péripéties et phases de récit. Les illustrations de François Place donnent un visage aux personnages, mais même si elles n’étaient pas là, on aurait aucun mal à laisser son imagination s’emparer des mots de T. de Fombelle pour recréér son monde arboricole. Que d’inventions, que de trouvailles ! et ces explications sur l’origine de telle ou telle expression, quel délice ! Véritablement, j’ai goûté certaines pages comme on apprécie un bon plat et je n’ai pas hésité à lire à haute voix des passages rien que pour le plaisir de sentir en bouche les belles phrase de T. de Fombelle. Bon, je vous laisse, il me reste à terminer ma tartine de rillettes de lépidoptère et quelques oeufs de cochenille, j’en salive d’avance !

20
jan
07

24 heures d’éternité

benkemouneternite.jpgRoman de Hubert Ben Kemoun aux éditions Thierry Magnier.

Deux livre de suite qui me laissent de glace. Après “Danseur des lumières”, c’est le roman de H. Ben Kemoun que j’ai lu sans plaisir aucun. Marre de cette volonté chez nombre d’auteurs de littérature jeunesse d’emprunter le langage des “jeuns” pour faire vrai. Tout ça tire la littérature vers le bas surtout si rien ne le justifie. L’alternance Zacharie/Valentin est intéressante au demeurant, mais mais le scénario est décevant, manque d’épaisseur et la fin m’a laissé de marbre. Un livre que je n’ai pas du tout envie de recommander aux jeunes, encore moins dans le cadre du prix des Inco.

14
jan
07

Danseurs des lumières

florient3.jpgRoman de Frédérique Lorient aux éditions Mango (Autres Mondes).

Sur la Terre, polluée et gouvernée par un régime dictatorial, les condamnés sont marqués physiquement en fonction des fautes commises. Tristan est un tri-récidiviste, et il vient d’être une nouvelle fois arrêté, cette fois-ci pour avoir volé des livres et les avoir lu à son père. Considéré désormais comme irrécupérable pour la société des hommes, il est soumis à un rude traitement visant à le conditionner pour devenir une bombe humaine. Ces kamikazes ne se font plus sauter avec un chasser Zéro, mais une navette spatiale bourrée d’explosifs. Nous sommes dans le futur, et la Terre est colonisée peu à peu par les Meds, ces créatures mi-poulpes, mi-méduses qui sont devenus les nouveaus ennemis de l’homme. Tristan embarque pour le dernier voyage, mais la planète Médusa lui réserve des surprises.

Surprise aussi pour le lecteur : le roman est loin d’être captivant ! On aurait pu croire à un remake de “Farhenheit 451″, la référence est vite abandonnée (à tel point qu’on se demande pourquoi l’auteur lui avait donné tant d’importance au début du roman). Les relations entre Tristan et Loé finissent par être lassantes et leurs caractères sont trop caricaturaux. De bonnes pages lorsque Triss est soigné par “Orphée” le Meds curieux et décidé à nouer des relations avec les humains, mais l’auteur achève bien maladroitement son roman avec l’irruption de ces soldats à la bêtise trop caricaturale là encore. Quant à la fin, elle est bâclée et sans intérêt. Un mauvais moment de lecture…Mais c’est mon avis et les élèves de F. Lorient ne le partage pas, allez lire leurs commentaires sur leur blog “Enlivrez-vous en mai” présent dans le blogroll (menu à droite).

09
jan
07

Direct au coeur

image_liv428_173×252.jpgRoman de Yves Pinguilly aux éditions du Jasmin.

Drôle de roman que nous livre là Y. Pinguilly que j’avais fort apprécié pour “Verdun 1916, un tirailleur en enfer”. Le roman achevé, il me reste comme un brin de colère de n’avoir pas éprouvé ce que j’en attendais à la lecture. On dirait un roman inachevé, avec des phrases fabriquées à la hâte, un scénario bâti sur un coin de table et des personnages complétement desservis par des dialogues ineptes. Vraiment une grande déception, si c’est un polar, il ne nous fait que très peu frémir (et pourtant cela débutait bien) avec des situations si peu crédible et si peu motivées qu’elle m’ont fait décrocher assez rapidement. Le direct, je l’ai pris au foie, et je ne l’ai vraiment pas digéré, c’est un polar ni poétique, ni noir, et si j’avais écouté du jazz, comme le conseille l’éditeur, j’aurais choisi du free avec des stridence de trompette à m’en faire hérisser les poils de la peau. Quel dommage que le roman ne tienne pas sur la longueur, seul les 5 premiers rounds sont de qualité, les pages de la rencontre entre Jessica et Boyd, c’est plein de vivacité, d’esquives, de feintes et de swing, comment Pinguilly s’est-il débrouillé pour que cela se délite de la sorte ? Dans ce roman qui ne tient pas ses promesses, c’est l’auteur qui s’est couché…et le public n’est pas dupe.

07
jan
07

Marine des étoiles

loic_le_borgne_marine_des_etoiles.jpgRoman de Loïc Le Borgne aux éditions Mango (Autres Mondes).

Marine, abandonnée par son père sur la station orbitale Cezembre, est recueillie par les soeurs de L’Ombre Sacrée. Son enfance est triste et monotone, ponctuée de punitions et de privations jusqu’au jour où des pirates la kidnappent. Embarquée sur l’Epaulard, un superbe vaisseau, Marine va partager la vie de ces pirates chargés de la ramener vers son père. Mais les Puissances vont tout faire pour s’y opposer…

Roman de SF de très bonne facture, le monde bâti par l’auteur est cohérent, l’intrigue est rondement menée, après avoir fait la connaissance de Marine et du milieu dans lequel elle évolue, on a droit très vite à une scène enlevée de combat. L’action se précipite et le roman alternera alors entre phase d’apprentissage pour Marine et péripéties. Ce premier tome se termine d’ailleurs par une dernière scène qui donne envie de découvrir la suite. Un roman qui devrait être apprécié des lecteurs avides de SF, mais aussi de ceux qui n’ont pas l’habitude de ces univers tellement l’intrigue est bien menée et les personnages bien campés.

Seule point négatif dans la perspective des Incorruptibles, le fait que ce soit un premier tome et qu’il faille attendre la parution des deux autres pour connaître le dénouement de l’histoire des Enfants d’Eden. Un cycle à découvrir sur ce site

06
jan
07

L’affaire Jules Bathias

pecherotbathias.jpgRoman de Patrick Pécherot aux éditions Syros (Souris noire).

Roman de la collection Souris noire, il s’agit bien d’un policier, mais les enquêteurs sont des enfants et c’est une vieille histoire du passé qui remonte à la surface à l’occasion d’un banal travail sur l’arbre généalogique familial. En l’occurence, Valentin Moineau, lui qui a perdu son père, doit reconstituer les liens familiaux. Ce qui aurait pu être pesant pour ce garçon rêveur, souvent dans la lune, meurti par la perte de son père va devenir un formidable aventure à la redécouverte d’un arrière-arrière grand-père, poilu disparu en 1917 au front, victime qui plus est d’une cruelle injustice.

En allant dans les pas de son père qui avait commencé cet arbre généalogique, Valentin, aidé par Léa et la soeur de celle-ci perce le mystère qui entoure Jules Bathias et met à jour des secrets de famille qui vont bousculer bien des certitudes dans cette petite ville de province. En même temps qu’il prend sa revanche sur ceux qui le persécutent au collège, c’est son aïeul dont l’honneur va être lavé. L’intrigue est plutôt bien ficelée, le jeu des mensonges et autres dissimulations est bien ménagé sur ce qui s’est passé il y a cent ans, le déroulement de l’action dans le présent est plus sujet à caution. L’agression dont est victime Valentin à la fin du roman me semble complétement inutile, ce désir meurtrier n’apporte rien à l’intrigue sauf à laisser entendre qu’Arthur est le porteur d’une “tradition” familiale parvenue à son point ultime (il ne fait pas donner la mort, il l’a donne lui-même). Autre point qui nuit au roman, selon moi, c’est le style de l’auteur, familier, qui n’évite aucune facilité de langage, son écriture, truffée de jeux de mots ou d’allusions censées apportée de la légéreté au récit en font au contraire un histoire indigeste.

06
jan
07

L’odyssée d’Oleg Lerner

cainlerner.jpgRoman de Larissa Cain aux éditions Syros (les les autres).

Varsovie, 1940 : le décors est planté, l’histoire qui nous est contée est celle d’un jeune juif de 12 ans, Oleg Lerner, qui poussé par la famine décide de sortir du ghetto pour trouver du pain, débute alors une incroyable odyssée.

Sur fond de guerre et de persécution antisémite, on s’attache aux pas d’Oleg qui erre dans cette Pologne occupée par les nazis dans laquelle être juif est synonyme de mort immédiate. Dans ce parcours chaotique, les rencontres plus que sa volonté décident du sort du jeune garçon. Les femmes et les hommes qui croisent la route d’Oleg le font grandir ou l’abaissent suivant qu’ils portent le visage de l’amour de l’Autre ou de la lâcheté. Dans ce contexte de guerre, tous les sentiments, les attitudes sont extrèmes et le roman en rend bien compte. On vibre aux aventures d’Oleg, lui dont la vie est toujours en péril mais qu’une chance insolente et un courage évident éloigne chaque fois le spectre de la mort promise. L’auteur, qui met dans ce roman certainement beaucoup de ce qu’elle a vécu, parvient à faire sentir combien le fil de la vie pouvait être ténu pendant ces années noires mais aussi à quel point l’espoir transcende les êtres . Pourtant, le roman ne parvient pas à émouvoir, est-ce l’écriture qui manque de relief ? la succession des épreuves sans que l’on est le temps de cheminer avec les personnages pour qu’ils en soient attachants ? C’est tout le problème de l’écriture qui peine à donner toute l’immensité et l’intensité de ce que l’auteur aimerait y mettre, peut-être faudrait-il rencontrer Larissa Cain pour mieux apprécier son roman, c’est chose possible le 22 mars 2007 dans le cadre de l’exposition “les archives clandestines du ghetto de Varsovie”où une lecture du roman sera donné en présence de l’auteur.

03
jan
07

Vive la République !

226615237801_aa240_sclzzzzzzz_.jpgRoman de Marie-Aude Murail aux éditions Pocket jeunesse.

Cécile, jeune professeur des écoles, fait sa rentrée des classes dans une petite école de centre-ville qui a failli fermer faute d’un nombre suffisant délèves. Mais l’arrivée inopinée d’une famille d’ivoiriens, change la donne. Douze enfants d’un coups ! ce qui n’est pas sans faire grincer des dents sur la présence “voyante” de ces 12 “négrillons”, surtout que le site de l’école est convoité par un directeur de fast food en mêche avec une employée de la préfecture : réussiront-ils à faire expulser les Baoulé ?

Un roman sur le thème du statut des sans-papiers, mais le fil conducteur, ce sont les états d’âme de Cécile, mal dans sa peau mais qui aime tant ses élèves et qui parvient à les faire progresser coûte que coûte. Un portrait vibrant d’une passionnée qui doute sans cesse mais avance vaille que vaille pour tirer vers le haut ses élèves quels qu’ils soient. Les portraits sont richements ornés, on vibre aux aventures des uns et des autres parce que l’auteur sait nous les rendre proches et attachants. Et puis c’est une histoire de nos jours, et si c’est une fiction, les récits de ces errances de sans-papiers et de leurs démélées avec l’administration est devenu malheureusement monnaie courante, comme l’engagement de nombre d’enseignants dans les comités de parrainage.

une lecture aisée et plaisante grâce à l’humour de M.A Murail, quelques moments d’anthologie (moins que dans son précédent roman “Simple”), au final un roman qui se lit d’une traite et qui amène à se poser quelques questions sur notre société et sur notre rôle de citoyen.

03
jan
07

Ouragans

sauvardouragan.jpgNouvelles de Jocelyne Sauvard aux éditions du Seuil.

Une belle écriture, un style plaisant et accessible, certaines nouvelles font mouche, touchent au coeur, toutes nous font voyager vers cet ailleurs ou tout simplement à la rencontre de l’Autre. L’auteur nous invite à nous sortir de notre confort pour découvrir d’autres façons de vivre de penser, pour réflechir à notre vie quotidienne à la lumière de ce qui se passe ailleurs : les lecteurs devraient succomber aux charmes de certaines nouvelles ou être troublés à leur lecture, je pense à “Un certain 17 octobre”, ou au “Petit sculpteur du Taj Mahal” ou encore “la pyramide la lune”

03
jan
07

Les filles sont bêtes et les garçons sont idiots

ravalecfilles.jpgRoman de Vincent Ravalec aux éditions du Panama.

Le thème pricipal du roman : pourquoi filles et garçons ont-ils envient de s’embrasser et que se passe-t-il physiologiquement ? Le titre et l’illustration sont racoleurs, on craint le pire et malheureusement, on n’est pas déçu. Tout est fait pour attirer le lecteur pré-ado, mais c’est sans talent aucun. Une surenchère de formules accrocheuses, un langage familier qui, s’il ambitionne de reproduire le parler vrai de “jeuns”, donne plutôt le sentiment de tirer le lecteur vers le bas et de lui éviter toute effort de lecture.

Dans le roman, les candidats aux expérimentations du protagoniste principal, “se roulent des pelles à s’en étouffer”, les sentiments sont assez frustres : “elle est amoureuse et lui n’en a rien à foutre, il a juste envie de la sauter” (p. 65), le seul moment où l’on aurait pu espérer un peu de tendresse ( quand Violette et Honoré s’embrassent), cela est amené par l’auteur avec tellement de brutalité que ce roman m’a fortement déplu. On est pas loin de la télé réalité en roman ou dans une de ces séries style “Hélène et les garçons” : affligeant et plus que délicat si l’on veux s’en faire prescripteur. Je ne vois pas ce qui serait défendable pour le recommander, mais je suis peut-être trop exigeant !