Archive pour décembre 2006

09
déc
06

Grimpow, l’élu des Templiers

abalosgrimpow.jpgRoman de Rafael Abalos chez Albin Michel (Wiz).

D’après l’éditeur, la presse espagnole voit en Grimpow, le Nom de la rose pour la littérature jeunesse et c’est vrai que les similitudes sont nombreuses. Nous sommes au Moyen âge, vers les années 1228 et le roman débute avec l’arrivée de Grimpow et son “maître” Durlib dans une abbaye isolée au coeur de montagnes hostiles. Ce ne sont pas des religieux, ils ont plutôt le culte du détroussage, ils viennent d’ailleurs de s’emparer des effets d’un chevalier découvert mort. C’est en s’emparant d’une pierre d’apparence anodine, que Grimpow découvre qu’elle recèle d’étranges pouvoirs. Dès lors commence pour le jeune garçon, une initiation au travers d’une quête pour percer les secrets des Templiers et de ces sages réunis dans une société secrète. Grimpow l’Elu, ne connaîtra plus de répits et le lecteur non plus tant que le secret ne sera pas dévoilé.

Un roman qui, sans être haletant de suspens, tient cependant en haleine le lecteur. De nombreuses péripéties, des scènes de lutte, des personnages forts, fruits des rencontres de Grimpow au cours de sa quête : l’enchaînement des chapitres se fait aisémment et le rythme de la narration n’est jamais brisée. Le sentiment de partager les révélations sur les Templiers, les découvertes des sages, les secrets de l’alchimie etc, procure au lecteur le sentiment d’être en quelque sorte lui aussi un initié. Beaucoup de vocabulaire, des références intéressantes sur les grands auteurs de l’Antiquité et du moyen âge, une forme d’érudition qui ne devrait pas faire fuir les jeunes lecteurs, bien au contraire, eux qui sont férus d’univers médievaux caractéristiques de l’Héroïc fantasy.

C’est là d’ailleurs où je porterais quelques critiques sur les choix de l’auteur. Je n’apprécie guère en effet les noms donnés aux personnages (hormis Salietti d’Estaglia qui sonne bien chevalier du MA), tous les autres ont été choisis à mon sens pour “faire ” héroïc fantasy, ce qui n’était pas indispensable et traduit certainement un choix commercial très “tendance” (il suffit de regarder les étals des libraires!). J’ai été aussi déçu de la facilité avec laquelle, Grimpow et ses amis résolvaient les énigmes successives. Pas ou peu de volonté de l’auteur de faire participer ses lecteurs aux supputations et autres réflexions sur les découvertes de Grimpow. Dans ce genre de roman, on aimerait échaffauder des thèses, envisager des pistes quitte finalement à être surpris et pris à contre-pied par la narration ! En être privé nuit au plaisir lié à la lecture, qui reste agréable, de ce roman d’aventures médievales.

Thèmes : secret des Templiers/ quête initiatique

03
déc
06

L’ombre du loup

ombreloup.gifRoman de Frédérique Lorient chez Magnard (Tipik Junior).

L’histoire : parce qu’il découvre des traces suspectes sur le corps de sa petite soeur, Enguerrand, son frère aîné d’une douzaine d’années, décide d’entraîner la fratrie dans un périple nocturne en plein automne pour rejoindre la maison de leur père, séparé d’avec leur mère. Cette fuite en secret vise à échapper au nouveau compagnon de leur maman, Serge, resté seul avec eux, qui les terrorise. La folle randonnée les pousse sur les chemins au détours desquels ils craignent à tout moment de rencontrer le monstre partit à leur recherche pour les faire taire…

Le ton est juste, le vocabulaire approprié : on y croit à cette histoire, d’autant plus que la psychologie des 3 enfants et leurs différents degrés de maturité est bien perçue. La souffrance du divorce qui isole chacun des enfants va devenir communion dans l’épreuve de la fuite et la révélation progressive des méfaits du “diable Sauron”. Le personnage principal, Enguerrand, le grand frère, est magnifiquement campé, loin d’être un enfant hors norme, s’il assume son rôle d’aîné, il est aussi submergé par l’émotion quand les événements le dépasse.

Ce roman ayant pour thème la pédophilie déçoit cependant par le dénouement beaucoup trop rapide alors que la narration avait mis en place une véritable tension dramatique. Cette histoire complexe, à traiter en délicatesse est, à mon sens, gâchée par ce happy end si facile où tout semble résolu en peu de temps et sans traumatismes aucun. Un peu gênant de n’en savoir pas plus sur ces “poursuites judiciaires” à l’encontre de l’adulte coupable de crime d’abus sexuel sur mineur. Les enfants retournent chez leur mère (un portrait accablant pourtant ) sans plus de remise en question du statut de la garde et on reste sans certitudes sur une possible difficulté à revivre normalement après le traumatisme pour Mélusine et son frère Robin. Quand on sait les ravages de telles épreuves dans une vie d’enfant, il est regrettable que le roman nous laisse (les élèves lecteurs surtout qui auront moins de recul) sur ces doutes et ces questions avec un goût amer d’inachevé.

Thème : pédophilie

03
déc
06

La fille du papillon

mulpaspapillon.jpgRoman d’Anne Mulpas aux éditions Sarbacane (Exprim’).

L’histoire est celle d’une adolescente de 16 ans , Solveig, qui confie ses émotions, ses rencontres, ses émois dans son journal intime. La forme est volontairement familière puisque sensée reproduire la logorrhée d’une ado déboussolée vivant seule avec un père volage qui papillonne : “j’ai appris que mon père s’était envoyé la voisinne” ce qui explique le titre par ailleurs. Les relations avec ce père et la mère absente (décédée) sont au coeur du roman ainsi que l’inévitable amitiée avec la confidente, l’âme soeur, celle qui seule comprend l’héroïne et enfin les confidence sur un amour naissant qui bouscule tout dans l’univers étriqué de Solveig : sa rencontre avec Le Monde (c’est son surnom).

Le personnage principal, on s’en serait douté, est mal dans sa peau, en pleine crise d’ado force 18 et se pose des questions existentielles (“Est-ce qu’on peut devenir une autre femme que sa mère ?”) dont je doute qu’elles rencontrent les préoccupations d’élèves de 5e.

A vrai dire, voilà pour ma part un roman qui s’adresse clairement aux lycéens. Le style d’A. Maulpas, c’est la gravité tendre de l’ado qui s’épanche, la facilité de pensées kleenex propres à cet âge, , la beauté des utopies, les émois du coeur, la référence aux auteurs littéraires qui accompagnent le décryptage du monde : tout une panoplie de clichés pour dire une personnalité qui se construit, celle d’une femme en l’occurence.

Des scènes d’éveil ou d’apprentissage à la sexualité qui pourraient désarmer de jeunes lecteurs, mais aussi des pages émouvantes et justes lorsque Solveig évoque la douleur charnelle de la perte de sa mère, des phrases aussi très éclairantes sur cette incompréhension entre ado/adultes, Solveig ne peut admettre que le monde qu’elle s’est construit (en plus du Monde) soit aussi incompréhensible pour son père, ce héros.

La fin du roman gagne en profondeur, le personnage de Solveig devient plus complexe, mais la forme du journal intime – s’il tente à gagner en crédibilité – fait du roman d’A. Maulpas une texte assez désagréable à lire…on n’a pas l’impression en fait de “fracturer” le journal d’une jeune fille.

Thème : adolescence/mal être

03
déc
06

Le loup et la voix de miel

loupmiel.gifRoman de Marc Seassau chez Grasset jeunesse (Lampe de poche).

Avec ce titre, je commence une série de critiques de romans destinés (peut-être !) à figurer dans la sélection 5e/4e des Incorruptibles 2007/2008.

On accroche bien aux premières pages de ce roman en “s’immergeant” dans la tête d’une ado, élève de 3e, qui apprend lors de la rentrée des classes, qu’elle sera marraine d’une “petite” de 6e, Anne. Très vite, la corvée se double d’une énigme troublante, quelqu’un fais parvenir à Marion, l’ado en question, des pages arrachées à un livre de conte. On veut lui dire quelques chose, mais Marion ne comprend pas…Cela ne durera pas longtemps et la perspicacité dont fait preuve cette jeune fille de 14, 15 ans n’est pas le seul élément qui nuit à la crédibilité du récit. Que la CPE demande à Marion d’être une grande soeur pour Anne et qu’elle lui confie secrètement sa fugue ainsi que ses doutes, voilà qui me paraît impensable dans un établissement scolaire. Quand Marion perçoit que “la robe était un cri silencieux. Un cri de détresse qui m’était adressé dans le vide” (p. 63), je la trouve brillante dans ses déductions, peut-être un peu trop…Enfin le motif avoué d’Anne pour choisir de se confier à Marion (son nom LAFET Marion / la fée Marion) est une bien grosse ficelle.

Tout cela, malgré une langue plutôt agréable, un langage branché jeune qui devrait plaire, me laisse un sentiment mitigé : bien sûr, le sujet mérite d’être traité, bien sûr et il est a adresser à des élèves de 5e/4e mais ce roman n’est pas à la hauteur pour le faire. Mention très bien par contre pour le dialogue entre Marion et le docteur de l’association et pour les élèves curieux, le forum de sos-inceste.fr existe bien !

Thème : inceste