Archive pour octobre 2006

30
oct
06

“Sacré Victor” de Yaël Hassan et Antoine Déprez

hugo3.jpgLa couverture est éloquente, c’est bien de Victor Hugo dont il s’agit au milieu de trois autres personnages dont on apprendra rapidemment que les adultes sont professeurs des écoles et l’enfant , un petit génie de l’informatique. Quel rapport avec Victor Hugo ? Nathan, l’instit aux idées “révolutionnaires” est intimement persuadé que cette année il parviendra à donner le goût de la lecture à ses élèves. Son idée, faire venir dans la classe l’auteur qui aura fait l’objet de la meilleure fiche de lecture pour qu’il rencontre les élèves. mais c’est Honoré, le surdoué de la classe qui rédige la meilleure fiche consacrée au roman “Les Misérables ” de Victor Hugo ! Voilà Nathan bien ennuyé, comment tenir sa promesse ? Aidé par Elsa, sa collègue secrètement amoureuse de lui, et par Honoré-le surdoué, Nathan va tout envisager : payer un sosie, faire créer par Honoré un hologramme, etc.

Le récit, convaincant au départ, sombre dans le ridicule au fur et à mesure que l’action progresse. Les personnages secondaires manquent d’épaisseur, les personnages principaux, eux, se délitent et on ne croit plus du tout dans cette histoire abracadabrante qui se termine on ne peut plus étrangement. C’est dans la catégorie humour, mais on peine à solliciter les zygomatiques tant le récit est boiteux et mal ficelé. Très décevant au final, on verra les avis des jeunes lecteurs qui ne manqueront pas de pointer les invraisemblances.

30
oct
06

“Champion” de Gilles Rapaport

perez.jpgLe format d’un album, de pleines pages d’un dessin âpre au bleu soutenu, un trait grossier, l’alternance de pages blanches supportant le texte avec ces dessins happant le regard tout en “dérangeant” le lecteur : tout est mis en oeuvre pour accompagner au mieux ce récit tragique et émouvant : l’histoire du boxeur juif Young Perez qui livre son dernier combat dans l’enceinte du camps d’extermination d’Auschwitz. Au fur et à mesure que le combat se déroule devant nos yeux stupéfaits, le texte occupe l’espace du dessin, le rejoint et les deux univers s’interpénètrent…ce n’est pas anodin La violence du combat rejoint la violence du destin de Perez et l’on est plongé peu à peu dans son histoire jusqu’à être spectateurs de ce funeste événement. Comme Perez ou plutôt comme les autres détenus – les déportés – on se prend à être gagnés par l’intensité du combat et à espérer que le boxeur squelettique parviennet à faire mettre genou à terre la brute sanguinaire nazie choisie pour l’éxécuter sur le ring. Mais l’histoire est celle -tragique- de ce boxeur qui livrait là son dernier combat parce qu’il était né juif et voué à disparaître…

Un récit fort, puissant, magistralement illustré et très bien écrit. Est-il choquant ? Il peut instiller un certain malaise mais de ceux qui se dissipent quand on fait preuve de curiosité et que l’on dépasse le récit pour en savoir plus. Et puis il est un fabuleux témoignage pour ceux qui sont morts en déportation et une invitation à se souvenir et ne pas oublier : en cm2 ou 6e, on n’est pas trop jeunes pour savoir afin de faire barrage à la “Bête infâme” qui peut resurgir si l’on n’est pas attentif à ce qui a été.

14
oct
06

Le Muche de Philippe Mesle

Nouvelle lecture des Incos, cette fois-ci c’est plutôt décevant. On ne croit pas un instant à cette histoire qui met du temps à basculer dans le fantastique et dont les personnages sont assez peu attachants.

Peer s’est réfugié dans la lecture après avoir perdu sa mère. Ses relations avec son père sont tendues, Continuer la lecture ‘Le Muche de Philippe Mesle’

08
oct
06

Ecoute mon coeur

Roman de Janine Teisson aux éditions Syros, dans la collection “Les uns les autres”

Roman sélectionné pour le Prix des Incorruptibles et c’est justifié. Autant j’ai été déçu parfois par des textes retenus pour les Incos, autant celui-ci mérite indubitablement d’être proposé aux élèves de collège.

Roman à 2 voix, ce texte n’est pas pour autant d’un abord difficile . L’écriture de J. Teisson est si juste que l’on adhère sans retenue d’emblée à cette double histoire : celle du vieux Paulou qui vend sa maison à une famille de sourd de nos jours et celle de Jean, ce jeune homme atteint également de surdité et envoyé dans un institut parisien pour y être soigné en…1866 !

Comme par effraction et sans bruit, l’auteur par la voix de Paulou nous fait pénétrer l’univers ouaté des sourds, ces citoyens de seconde zone que l’on oublie souvent et dont se préoccupent si peu d’ailleurs les pouvoirs publics. Après avoir lu ce livre, vous ne verrez plus du même oeil goguenard ces dialogues de sourd à grand renforts de geste et d’onomatopés chaloupés.

Tout commence par la vente d’une maison. C’est celle du vieux Paulou qui fuit la construction de la nouvelle autoroute et les souvenirs d’un foyer où lui et sa femme, aujourd’hui décédée, ont vécu leurs plus belles années. Mais qui voudrait d’une maison si bruyante ? Il faudrait être sourd pour accepter d’y résider ! L’idée suit son chemin et Paulou contacte l’Institut de Montpellier : c’est le début d’une rencontre avec une famille extraordinaire -puisque tous sourds – qui va chambouler la vie du vieil homme mais aussi bien des idées reçues dans ce village héraultais. Quand la sagesse d’un vieux “gardian” rencontre la candeur d’un jeune sourd, c’est l’alchimie des mots de J. Teisson qui en traduit le mieux la magie. Quant au récit de Jean dans ce XIXe siècle effrayant de certitudes assassines, la lecture de ses lettres ne peut laisser insensible sur ce qu’on pu vivre les sourds quand les entendants leur ont imposé leur vision étroite du handicap.

Quel formidable défi que de vivre sans sons dans notre société, les mots de J. teisson si habilement ajustés dans une langue délicate et très plaisante nous invitent à partager quelques instants de ces vies amputées de l’ouïe. Le vieux Paulou et sa sagesse d’ancien nous permet de prendre comme lui du recul et de voir d’un autre oeil ce handicap. Né d’une révolte de l’auteur qui par la fiction a souhaité dénoncer le sort réservé aux sourds dans notre société, ce roman atteint pleinement son but. La dernière page tournée, on veut en savoir plus, on veut connaître l’histoire de Jean, instituteur brillant qui aurait voulu vouer sa vie à ses congénères et qui n’a pas pu, brimé et brisé par le système éducatif de l’époque. On veut tendre la main au prochain couple de sourd dans la rue rencontré, prêter un oreille attentive à leurs difficultés et les regarder enfin autrement que comme des curiosités. Ce court roman se lit d’une traite, avec beaucoup de plaisir et j’espère, comme pour moi, un peu moins d’ignorance, une fois le livre posé.

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire des sourds, rendez-vous sur le site de l’université Paris 8 où dans le cadre du DESS Nouvelles Technologies et Handicaps sensoriels et Physiques, vous aurez accès à nombre d’informations, le sinistre Docteur Itard y est cité par exemple !

08
oct
06

Ma monomanie : lire !

Qui se cache derrière le Motsnomane ? Un obsessionnel des mots pour qui lire est une idée fixe. Mon habitude dominante, comme dit le Petit Robert, acheter ou emprunter des livres…et puis les gourmander dans les lieux les plus improbables, traquant au détours de chaque virgule, ces mots assemblés qui sauront m’émouvoir. Et alors docteur, c’est grave ? Comme manie, il y a pire et plus handicapant socialement, surtout que même lorsque je lis, je travaille…autant dire que goûter chaque jour aux mots des autres, c’est dérober des lambeaux de bonheur : quoi de plus délicieusement enivrant ?

Tant de plaisirs boulotés pour ne pas les partager ? Inconcevable posture puisqu’au plaisir de lecture (pratique ô combien onanique) est indissociablement lié, le désir violent de délivrer à son tour un peu de la jouissance éprouvée. Si lire est un plaisir solitaire, en parler, mettre des mots – les siens – sur ceux des autres découverts, ajoute sans conteste à cette émotion particulière.

Documentaliste et lecteur invétéré, je vais joindre l’utile à l’agréable, conserver quelques notes de chacune de mes traversée motsdites et diabloguer avec ceux qui s’embarqueront à me lire. J’attends vos chroniques Mot(s)ivées, des avis différents, des débats passionnés…même mo(ts)nomaniaque, mes lectures seront éclectiques, littérature jeunesse ou littérature tout court, je laisserai dans mon sillage quelques écumes de lecture : au plaisir de vous lire !

08
oct
06

Parce qu’il faut bien se lancer un jour !

Sur la pointe des pieds, je pénètre en la blogosphère. Malade numérique, aux fils de la Toile je vais suspendre mes obsessions : je suis le Motsnomane !