28
jan
09

à-pic

seckaRoman de franck Secka aux éditions Thierry Magnier, 2002.

Pour une fois qu’il peut accompagner son frère au sport d’hiver, le héros ne se fait pas prier. Direction Thal et ses pistes de ski mais aussi la vie en groupe…pas toujours facile quand on est le plus jeune et que l’on (se) découvre. Des découvertes, ce jeune ado en fera, notamment en ce qui concerne les sentiments amoureux et l’attirance pour le corps de l’autre, surtout que c’est celui d’un autre garçon.

Un roman qui se lit très vite, des phrases courtes, des chapitres concis mais une écriture assez lapidaire, sans beaucoup de relief. Si le thème de l’homosexualité est effectivement traité, il arrive assez tard dans le roman et on se demande s’il était nécessaire de planter aussi longtemps le décor. C’est un roman d’apprentissage qui permet de faire vivre les réactions de l’ado, ses sentiments, ses perceptions, ses doutes et ses peurs mais aussi bien sûr le regard des autres. l’ambivalence des sentiments est également intéressante entre Samuel (le grand) qui refuse de reconnaître son attirance et le héros qui lui assume et se retrouve tenaillé par la force du désir d’être en communion. Or tout cela est traité un peu rapidemment à mon goût et presque avec trop de désinvolture. Ce qui aurait pu être riche et captivant pour un adolescent-lecteur en proie au questionnement sur son identité sexuelle en construction se limite à un récit mal ficelé qui laisse de marbre une fois la dernière page tournée. Dommage.

02
jan
09

Le jour nouveau

Roman de Joël Breurec aux éditions Syros. 2007

breurecjourPhilippe est dans un collège militaire comme pensionnaire une grande partie de l’année, il rentre rarement chez ses parents et lorsque sonne l’heure des vacances, c’est pour aller en camps scout. Philippe ne subit pas, c’est un choix personnel pour lui qui aspire à devenir un officier et qui travaille pour être dans les meilleurs. Mais la vie en communauté fermée comme un collège militaire et son encadrement strict occasionne de mauvaises surprises au héros soudain confrontés à la violence et la lâcheté. Subir ou agir ? Le personnage de Philippe grandit sous les yeux du lecteur.

Étrange roman qui semble nous emmener dans le passé tant le cadre de l’histoire ressemble à une histoire d’enfant de troupe des années 50 (on pense à “Allons z’enfant” d’Yves Gibaut ou mieux encore au roman de  Charles Juliet ” l’année de l’éveil“). Pas d’indice temporel (hormis que cela se passe après la guerre d’Algérie), mais on a vraiment un sentiment de décalage avec la vie d’aujourd’hui…à moins que ce ne soit l’univers de philippe qui soit suranné.  Toujours est-il que l’on entre bien dans cette histoire courte et bien rythmée et que le fait que ce soit un garçon programmé pour embrasser la carrière des armes qui se rebelle ajoute au crédit de ce roman. Il faut dire qu’il lui faudra du courage pour affronter la rigité de ses parents et dénoncer les coupables agissements du prêtre qui encadre les scouts dès lors qu’il s’agit de son petit frère. Si le héros a des idées bien ancrées et qu’il reste fidèle aux valeurs inculquées, il sait également s’ouvrir aux autres, accepter la différence, et il apprend peu à peu à prendre ses responsabilités : une belle leçon de vie !

02
jan
09

Deux copines ont disparu

Roman de Bertrand Solet aux éditions Oskar jeunesse. 2007

soletcopinesAprès les vacances de Pâques, Sylvie cherche à joindre son amie Fatou, mais son portable reste muet. Absente encore le lendemain et les jours suivants au lycée, Sylvie et ses amies s’inquiètent et se lancent à la recherche de Fatou. En fait cette dernière n’est pas encore rentrée du pays natal des ses parents, elle aurait manqué l’avion… Très vite il apparaît que Fatou a choisi de rester avec sa jeune sœur promise à un mariage arrangé avec un vague cousin des parents. Marion décide d’agir.

Le sujet est vraiment captivant surtout que l’on ignore pas que c’est ue réalité pour nombre de jeunes filles à la double nationalité qui bien que nées en France sont parfois contraintes et forcées  d’ épouser un homme dans le pays natal de leurs parents. Choc des cultures, dilemne juridique, quels sont les droits de ces jeunes filles ?  Que peuvent faire ceux qui s’y opposent ? C’est bien le seul intérêt de ce roman que de donner des pistes de réponse à ces questions, pour le reste on peine à rentrer dans l’histoire même si les personnages sont crédibles. Est-ce la narration, est-ce la volonté de dénoncer qui a pris le pas sur l’aspect littéraire , toujours est-il que ce roman m’a laissé de glace hormis sur le sujet.  On le lit vite, on le quitte sans regret et sans avoir eu le temps de véritablement partager les émotions et les révoltes de Sylvie… mais on en sait un peu plus sur les mariages forcés et c’est peut-être là l’essentiel !

02
jan
09

Top-rondes

Roman de Janet McDonald aux éditions Thierry magnier. 2004

macdonaldrondeArrivée en fin de droits, Aïcha, jeune noire-américaine vivant à Brooklyn, va devoir effectuer un travail d’intérêt général  à moins qu’elle ne parvienne à trouver un job, elle qui est réfractaire à tout effort. jeune fille-mère de deux enfants, encore chez sa mère, elle se laisse vivre, se refuse à envisager l’avenir et calme ses angoisses à coup de sodas et de hamburger bien gras agémentés de confiserie sucrées. Obèse, noire, sans emploi, elle est à l’image de nombres de jeunes afro-américaines ce qui pourrait finalement lui servir.

Elle nous agace cette Aïcha par sa propension à faire les mauvais choix,  à se fermer toutes les portes pour une possibles intégration dans la vie active. On l’accompagne dans ses pathétiques démarches pour trouver un emploi et échapper à l’humiliante proposition des services sociaux, mais qu’elle est horripilante à faire montre de tant de paresse et de manque de maturité pour assumer ses enfants. Il faut dire que la vie d’Aïcha n’est pas rose entre un père absent et une mère alcoolique qui ne l’aime pas, mais l’auteur a tellement su nous mettre en condition que lorsqu’elle est en passe d’être recrutée comme mannequin (grâce à ses rondeurs et son beau visage) que l’on souhaite ardemment la voir s’en sortir. Mais la romancière sait ménager ses effets…

Un bon roman dans lequel on surnage comme Aïcha avec quelques dollars, des rêves, des colères et des déceptions. beaucoup de révolte aussi, pas devant l’injustice de sa situation mais devant la constante obstination de l’héroine à gâcher toute opportunité qui se présente.  Un portrait acide d’une jeune afro-américaine laissée sur le bas-côté de la réussite sociale qui par une extraodinaire volonté va réussir à faire de ce qui semblerait des handicaps, une véritable force pour se sortit de sa condition. être une fille des quartiers va se révéler être une chance, mais pour une Aïcha sauvée, combien laissée sur le côté avec leur rêves brisés ?

22
déc
08

Quand vous lirez ce livre…

sallyRoman de Sally Nicholls aux éditions Pocket jeunesse. 2008

Sam a onze ans et il a décidé d’entreprendre l’écriture d’un livre, son livre. Sam est leucémique.

Voici résumée cette histoire magnifique de Sally Nicholls, qui invite le lecteur a partager la vie d’un jeune homme comme les autres, si ce n’est qu’il est malade et que cette leucémie bouscule tout : le rapport aux autres, les rêves d’enfants, la réflexion sur la vie…et la mort. La mort , elle est bien sûr omniprésente dans ce roman puisqu’il permet de s’affranchir de bien des tabous sur ” la camarde” et ce n’est pas là le seul mérite de ce roman inhabituel. Quand parle-t-on de la mort dans notre société, quand répondons-nous aux questions des enfants sur cet après, sur ces instants où la vie quitte le corps ? Pas de réponses à attendre à la lecture du roman, mais une invitation à prendre le temps de réflechir sur la mort (la sienne et celle des autres inéluctables) et par conséquent sur la vie. Parce qu’avant tout, ce roman est un formidable ode à la vie. L’imminence de la mort doit-elle interdire de se lancer des défis, de réaliser ses rêves ? Sam et Félix ne s’interdisent aucun rêves, pressés par la mort, ils brûlent de désir de vivre et le récit de leur histoire est tout simplement bouleversant.

Sam le petit leucémique reste encore longtemps dans notre cœur une fois la dernière page tournée et c’est là tout le talent d’une jeune auteur qui a su trouver les mots pour raconter une histoire pourtant si douloureuse dont l’issue ne fait aucun doute.

10
déc
08

Rouge métro

Roman de Claudine Galea paru aux éditions du Rouergue, collection DoAdo

galeametro

noir, 2007

Un roman noir, très noir sur le thème de l’exclusion. Qui n’a jamais connu cette situation : être confronté au regard, aux mots d’un exclu, sdf ou autre, dont la présence soudain provoque un réel émoi ?

Cerise, jeune ado à la sensibilité exacerbée côtoie à plusieurs reprise le même homme dans le métro, elle le surnomme “zyeux verts”.  Plus que d’autres, elle ressent ce que peut éprouver cet homme qui souffre dans sa chair et tout  son être sa condition d’exclu. Obligé de mendier quelques euros chaque jour dans ce métro rendu étouffant par l’été, il ne supporte plus ni sa déchéance, ni le regard et la présence des autres, ceux qui continuent à vivre sans lui prêter attention. Jusqu’au drame…

Un livre dérangeant, qui oblige à se remettre en question mais qui est aussi parfois un peu agaçant par l’insistance de l’auteur sur le ressenti du personnage principal. A force de vouloir faire partager les émois de Cerise, le livre traîne un peu en longueur alors que l’on aimerait savoir enfin ce qu’il va advenir de Cerise et de “zyeux verts”. Mais les questions sont là sur notre société qui fabrique ces exclus et sur la si difficile cohabitation entre les intégrés et les “oubliés” qu’on finit par ne plus voir…ou ne plus vouloir voir. Un livre qui ne peut que susciter le débat avec des élèves assez âgés pour être capable d’encaisser le récit et ne pas être désarçonnés par le style et la narration de Claudine Galea.

31
juil
08

Alors partir ?

Roman de Julia Billet aux éditions du Seuil (Karactères). 2008

Dans cette communauté, les caravanes occupent le même emplacement, coincées entre rocades et voies rapides, les gitans qui vivent là dans l’indifférence générale ont abandonné la route. Certains des enfants sont scolarisés comme jaime, un lycéen passionné de littérature qui s’apprête à passer le bac. Tous les soirs il fait la lecture à la vieille Yaya des textes qu’il a découvert et qu’il aime passionnément. Mais vient une lettre de la mairie qui annonce l’expulsion de la communauté…Faudra-t-il partir ? Reprendre la route ? Les gitans le savent bien, on ne les tolère que difficilement autour des villes et la haine n’est jamais loin, prête à ressurgir :est-ce ce souvenir qui enferme la vieille Yaya dans le mutisme depuis l’avis d’expulsion ? Son secret, elle doit le transmettre pour que survive son peuple.

Excellent roman qui pose la question de la liberté dans des sociétés de plus en plus corsetées où l’on doit être inscrit, fichés pour exister et avoir des droits. Mal aimés, rejetés à la périphérie, le gitans ont troqué la roulotte et le cheval pour des caravanes et des voitures parce qu’ils sont des “gens du voyage” mais tout est fait pour qu’ils quittent la route et s’intègrent : à quel prix ? Comment concilier culture de la route et intégration ? Quelle place pour ces communautés tziganes, roms ou gitanes dans notre société ? Sur les chemins tortueux de la mémoire de la vieille Yaya, on relit le passé dramatique des roms, en écoutant la sagesse des anciens qui tempère la fougue de la jeunesse, l’auteur nous fait partager les craintes et les interrogations du peuple de la route qui ballotte entre deux tentations : s’intégrer ou défendre farouchement ce désir vital de liberté tout en sachant que la haine est tapie là, prête à resurgir.

Un récit très bien construit, un texte très bien écrit, des personnages forts et attachants, ce roman est un plaisir en même temps qu’une invitation à s’interroger sur le devenir des gitans et le regard posé sur eux. Un roman très riche à exploiter avec des jeunes.

31
juil
08

L’enfant de Guernica

Roman de Guy JIMENES aux éditions Oskar publié en avril 2007.

Isaura est une jeune étudiante en archéologie. Préoccupée comme beaucoup d’espagnols de sa génération par le silence entourant la Guerre civile qui a si fortement marquée l’histoire de son pays , elle se décide à participer à un chantier d’exhumation de corps de suppliciés fusillés par les franquistes. Si Isaura est aussi motivée pour comprendre ce passé, c’est qu’elle ignore tout de celui de son père. Qui était-il pendant la Guerre civile ? Comment a-t-il vécu les heures sombres du franquisme ? En exhortant son père à parler, c’est tout une histoire intimement mêlée aux événements à jamais fixés par Picasso dans son tableau Guernica qui vont se révéler.

Deux histoires successives dans ce roman, celle d’Emilio, jeune paysan présent sur le marché de Guernica avec sa famille le jour funeste du bombardement d’avril 1936 puis celle d’Isaura, qui cherche à exhumer le passé de son père dont elle ne sait rien. Un fil rouge tout au long de l’histoire : le célèbre tableau de Picasso, son élaboration et sa réception par le public et les protagonistes dont on sent qu’ils y sont intimement liés.

L’idée est excellente de bâtir une histoire autour du Guernica de Picasso à la fois pour en donner une lecture et en découvrir la genèse puis pour illustrer toute la complexité du la Guerre civile espagnole et les traumatisme qu’elle a provoqué dans les familles. Néanmoins, si la trame romanesque tient la route, j’ai été assez peu séduit par l’écriture. Cela manque de souffle et si ce n’était l’histoire en elle-même, je trouve que le romancier peine à “embarquer” le lecteur. La faute peut-être à des dialogues parfois un peu plat, à des personnages finalement assez peu “charnels”. A ce titre, je trouve la première partie assez frustrante. En tant que lecteur, on n’est pas à Guernica ce funeste jour d’avril, on ne ressent pas tout l’effroi du bombardement alors que les mots sont là, les personnages aussi ainsi que la progression dramatique mais il manque ce je ne sais quoi qui fait basculer la lecture : une question de style certainement !

25
juil
08

La mémoire trouée

Roman d’Élisabeth COMBRES aux éditions Gallimard Jeunesse (Scripto). 2007

Avril 1994, Rwanda, Emma comme nombre d’enfants est victime de la folie génocidaire qui s’est emparée des Hutus. Parce qu’elle sont Tutsi, Emma et sa mère sont prises à partie par des hommes avides de sang, mais si la jeune fille parvient à se cacher, sa mère est lacérée de coups de machettes. Emma, malgré l’horreur de ce qu’elle vient de vivre et pour tenir sa promesse de survivre, marche et se cache jusqu’à être recueillie par une vieille femme…Hutu.

Sur un sujet très délicat à traiter en littérature jeunesse, l’auteur – grâce à une écriture tout en retenue – parvient accompagner le lecteur dans les collines verdoyantes du Rwanda au temps de la reconstruction et de l’après-génocide. Emma est une survivante, mais le traumatisme est immense et la peur toujours présente. Le destin de cette orpheline qui laisse imaginer ce qu’a pu être le quotidien de milliers d’enfants rwandais ne peut laisser insensible sans que ce ne soit pourtant par la pitié et l’atermoiement qu’E. Combres ne sache le rendre lisible. Emma parle, Emma pense, Emma dit ce qu’elle ressent et nous sommes là, à côtés, à souffrir , espérer et croire encore à la possibilité de revivre après l’indicible. Par des phrases courtes, un vocabulaire simple mais soigneusement choisi, par une succession de chapitres courts qui donnent beaucoup de vivacité au récit, l’auteur sait nous entraîner dans le lent travail de reconstruction d’Emma qui plus que tout – et peut-être parce qu’elle a échappé à l’anéantissement – porte ce prodigieux désir de vivre. Comment vivre au côté des anciens bourreaux ? Comment continuer à vivre avec des images de mort omniprésentes ? Le chemin vers une certaine paix est semé d’épreuves qu’E. Combres sait mettre en mots et qu’elle parvient à dépasser pour susciter l’envie d’en savoir plus sur ce monstrueux génocide si récent et pourtant certainement inconnu pour nombre d’adolescents de 2008.

03
mar
08

Balle perdue

51goytpvzal_aa240_.jpgRoman de Mouloud Akkouche aux éditions du Seuil ( Karactère(s))

Je devrais peut- être relire ce livre pour le juger plus sereinement. Je n’ai pas apprécié l’écriture de M. Akkouche que j’ai trouvé sans relief, agrémentée bien sûr des inévitables écarts de langage que l’on s’attend à lire dans un roman qui se déroule dans une cité mais même là, ça sonne faux. On dirait pour un acteur que c’est sur joué. Les personnages ne me semblent pas suffisamment “habités” (sauf Rocheteau) pour être crédibles et de leurs rencontres ne jaillit aucune émotion. Un roman – contrairement au titre de la collection – sans caractère… A dire vrai, il m’a tellement peu captivé que je ne vois rien d’autre à en dire, mais je passe peut-être à côté d’un bon titre !