30
déc
09

L’étrange vie de Nobody Owens

Roman de Neil Gaiman aux éditions Albin Michel (Wizz), 2009.

Enfant, Nobody échappe à la mort alors que toute sa famille est massacrée par un mystérieux professionnel du crime. Sans en avoir conscience, Nobody se réfugie dans un cimetière proche de la maison de ses parents, il est alors pris en charge par les fantômes du lieu, notamment M & Mme Owens qui le prénomment Nobody puisque l’on ignore son nom. A partir de cet instant, Nobody apprend à vivre parmi les morts sous la protection de Silas, un être entre les vivants et les morts, qui devient le tuteur de l’enfant. Une seule règle à respecter absolument : ne pas quitter le cimetière !

Si personnellement, je n’avais pas été enthousiasmé par Coraline, j’ai trouvé ce roman de très bonne facture. Le style est agréable, le vocabulaire recherché et l’intrigue bien menée. N. Gaiman développe à la fois un univers particulier qui enchante le lecteur avec de belles trouvailles et dans le même temps, on suit l’apprentissage de Nobody qui ne manque pas de piquant. C’est parfois macabre, mais aussi très poétique et le monde des morts nous apparaît comme finalement très joyeux. A signaler, les chapitres sont assez longs et peu de pauses sont ménagées dans ceux-ci ce qui peut effrayer des lecteurs moyens. Les grands lecteurs se délecteront à la découverte de ce gros romans truffés de personnages hauts en couleurs et de rebondissements.

12
déc
09

La fille du docteur Baudoin

Roman de Marie-Aude Murail aux éditions l’école des loisirs, 2006 (collection Médium)

Le docteur Baudoin supporte de moins en moins ses malades et les longues journées à voir défiler des patients qui se plaignent. Il a pourtant une bonne clientèle et sa salle d’attente de désemplit pas à tel point qu’il propose à un jeune collègue, le docteur Vianney Chasseloup, de partager son cabinet. Ce dernier récupère tout ceux dont Baudoin ne veut plus, les vieux, les gâteux, les cas les plus désespérés. Quand les patients restent quelques minutes chez Baudoin et repartent avec une ordonnance longue à n’en plus finir, ceux de Chasseloup ont droit à plus d’écoute. Mais là n’est pas le problème. Les soucis pour l’un et pour l’autre vont venir de Violaine, la fille du docteur Baudoin, qui se présente devant Chasseloup comme patiente : elle est enceinte à 17 ans !

Excellent roman une fois de plus, les personnages sont magnifiques, principaux comme secondaires et le talent de M. Aude Murail pour raconter des histoires nous emporte dans la tourmente de cette jeune fille qui n’est pas prête à assumer une maternité et que cet événement perturbe complétement. Tout son questionnement sur cette vie qui prend racine en elle, sa peur d’y mettre fin mais aussi la terreur de se savoir incapable d’accueillir à cette période de sa vie un enfant : rien n’est évacué dans le roman. Au cœur du récit il y a aussi la difficulté à communiquer entre ados et parents, les relations entre médecins et patients (azvec deux modèles bien différents : Baudouin qui traite à coup de médocs, ceux recommandés par sa pétillante visiteuse médicale, Chasseloup qui accompagne les patients, les écoute et distille des conseils de bon sens avant toute médication lourde. Entre scènes cocasses (avec la petite sœur dont les réparties sont savoureuses) et vrais morceaux d’émotion (l’IVG et les peurs de Violaine) ce roman se dévore littéralement et devraient passionner les jeunes filles…et leur mamans. Mais la lecture est évidemment recommandée aux hommes également, c’est un vrai moment de bonheur et l’occasion de se rappeler que nombre de femmes ont eu à passer au cours de leur vie par le questionnement et les angoisses de Violaine.

05
déc
09

La fille aux esprits

Roman de Laura Amy Schlitz aux éditions Casterman, 2009.

Maud, le plus mauvais élément d’un orphelinat sinistre, est contre toute attente adoptée par trois vieilles demoiselles. Mais cette adoption surprise n’est pas un hasard, les soeurs Hawthorne, si elles offrent une nouvelle vie à Maud qui découvre le plaisir de porter de belles toilettes et de manger à sa faim, l’obligent à rester recluse dans leur maison.

Bientôt, elles iront au bord de la mer et Maud ne devra absolument pas se montrer aux voisins. Que cache cette pesante contrainte ? Maud ne tarde pas à le comprendre, elle va être utilisée pour jouer la comédie et tromper de crédules “invités” des trois sœurs qui leur font miroiter la possibilité de rentrer en contact avec les esprits.

Maud se prête au jeu et se révèle excellente actrice, elle est déterminée à se faire aimer de Jacinthe qui la manipule très adroitement en ce sens. Au fur et à mesure que la jeune fille prend conscience qu’elle sert une vaste mascarade et que les sentiments de Jacinthe envers elle ne sont pas sincères, son désir de liberté va prendre le dessus, au risque de tout perdre…

Beau roman sur le mensonge, la manipulation, la crédulité et la quête de liberté. Tous les mécanismes de la manipulation sont démontés à l’aide de personnages très bien campés. Dans cet univers suranné, l’apprentissage de la vie en société par cette jeune orpheline est captivant, autant par ce qu’elle éprouve que par les liens qu’elle tisse avec les seules adultes qui ne lui mentent pas : la servante (magnifique personnage atteint de mutisme), et la jeune mère abusée.

07
nov
09

à vos risques et périls

maretRoman de Pascale Maret aux éditions Thierry Magnier, 2007.

6 adolescents participent à un nouveau concept de téléréalité imaginé par Grave production : lâchés sur une île déserte, ils doivent faire preuve de cohésion au sein de leur commando baptisé Hibiscus et surmonter des épreuves pour être meilleurs que les autres équipes. Soigneusement choisis par la production pour générer du buz et faire de l’audience, les ados sont de vraies caricatures : une bimbo qui se rêve en starlette et mise sur la télé pour y parvenir, une racaille de banlieue beau comme un dieu, un fils de bonne famille à l’esprit scout toujour, un français moyen, une black rebelle et une petite boulotte qui devrait souffrir. Cependant, l’aventure ne va pas être telle que fabrice , l’animateur l’imaginait puisque la production n’avait pas compté sur des groupes rebelles en pleine opposition avec le régime dictatorial de ce coin d’Asie; Les six ados sont enlevés, l’audience augmente, mais le jeu n’en n’est plus un…

Cela se lit très facilement, les chapitres sont très courts, à chaque fois c’est un des ados ou la production qui prend la parole et l’on a ainsi une succession de points de vue. Les personnages qui étaient si caricaturaux se révèlent dans l’adversité et peu à peu, ils prennent en épaisseur et les surprises sont de taille ! enlevés par de jeunes rebelles qui leur prendre conscience du mot liberté, les ados sont rapidement proches des leurs ravisseurs, le dénouement n’en sera que plus dramatique.

Le schéma narratif est intéressant puisque l’on a parfois un journal intime, parfois des récits, des compte rendus de réunion (pour Grave production) voire un journal télévisé. Un roman qui permet de voir de l’intérieur un jeu de télé réalité (le cynisme des producteurs est affolant), et d’en démonter les mécanisme pour prendre un peu de recul sur ce que montrent les caméras dans ce genre d’exercice très prisé par les jeunes téléspectateurs. L’émission sera enrichissante, mais pas pour ce que faisait miroiter la production, plutôt pour les valeurs humaines dont les uns et les autres vont faire preuve…et pas grâce au jeu !

06
nov
09

Le mystère des pavots blancs

enolaRoman de nancy Springer aux éditions Nathan, 2008. Dans la série “Les enquêtes d’Enola Holmes”

Dans l’Angleterre victorienne, Enola Holmes, soeur du célèbre Sherlock et de Mycroft, tente par tous les moyens d’échapper à ses frères qui veulent offrir à la cadette de la famille une éducation de lady…dans un pensionnat. ce qu’elle affectionne plus que tout, Enola, c’est l’aventure, les énigmes et pouvoir se comporter comme tout homme. spécialiste des travestissements, elle change régulièrement de pseudonymes pour troubler les pistes et accessoirement reprendre des enquêtes de son grand frère Sherlock.

Enola va en avoir l’occasion puisqu’elle découvre dans le Daily Telegraph ce titre : “Mystérieuse disparition de l’associé de Mr Sherlock Holmes – le docteur Watson introuvable !”. Enola se lance dans l’enquête.

Si c’est assurément bien écrit – beaucoup de vocabulaire, des tournures de phrases recherchées – la lecture n’en n’est pourtant pas fluide et je crains que des jeunes lecteurs ne soient un peu rebutés par le roman. il n’en reste pas moins que c’est un bon roman policier, avec des énigmes (le lecteur peut d’ailleurs tenter de déchiffrer seul un message codé), des rebondissements et un dénouement qui surprend. Rien de sordide, on est dans un policier plein de finesse et un monde de “lady” même si Enola est amenée à fréquenter les bas quartiers et qu’elles traverse les pires rue de l’East End londonien. Un peu trop distancié peut être et j’ aurais  préfèré retrouver un peu de  l’univers de la BD “Les Quatre de Baker street” qui donne une idée plus juste du Londres de cette fin du XIXe siècle, son “fog”, ses industries en pleine villes, sa population ouvrière nombreuse et sa criminalité galopante.Néanmoins, le personnage d’Enola est très riche et permet d’en savoir beaucoup plus sur la condition féminine avec de multiples anecdotes qui aident à comprendre dans quel carcan les femmes étaient confinées.

A noter d’ailleurs que le livre regorge de précisions utiles sur des termes en argot, des personnages célèbres ayant existé a cette époque, etc.

 

02
nov
09

La Perrita

perritaRoman d’Isabelle Condou aux éditions Plon, 2009.

Alors qu’elles  s’apprêtent à fêter un anniversaire, deux femmes remontent le fil de leur histoire avec cette jeune fille qui va avoir 18 ans en Agentine cet été de 1996. Pour la première à prendre la parole, Ernestina, cet anniversaire c’est le miracle qu’elle n’espérait plus : apprendre que l’enfant né de l’union de son fils et sa belle-fille disparus au cours de la dictature existait. Pour la seconde, Violetta, femme d’un militaire de la junte, cette jeune fille, c’est le bonheur que son corps stérile refusait de lui donner, c’est sa fille même s’il faut pour cela taire qu’elle se l’est appropriée.

Prodigieux roman sur la douleur de la disparition, sur  l’indicible détresse de l’absence mais aussi sur l’incroyable histoire de  deux femmes qui ont vécu les heures sombres de la dictature de la junte militaire entre 1976 et 1983 en Argentine et dont les destins croisés content les cicatrices démentielles d’un pays déchiré.

j’ai été littéralement “transporté” par ce roman qui m’a laissé pantelant et ému une fois la dernière page tournée. Plus je voyais la fin approcher et plus je reculais le moment d’en finir tellement les mots d’Isabelle Condou trouvaient écho en moi. C’est une écriture magnifique, un style puissant et enthousiasmant et bien sûr une histoire terriblement touchante, qui prend littéralement aux tripes. I. Condou dit vouloir exprimer son amour de l’Argentine et des argentins par ce livre et elle y réussit magnifiquement. On n’a qu’une envie, c’est d’en savoir plus sur les histoires de ces enfants de disparus , adoptés par les familles de leurs bourreaux, on a qu’un désir, lire encore et encore la prose d’Isabelle Condou. Une rencontre d’une grande richesse que cette lecture, un bien fou, un plaisir rare : un bonheur !

vous avez envie de découvrir Isabelle Condou dont vous ne saviez rien (comme moi) avant cette lecture ? regardez cette vidéo sur wikio où l’auteur présente son roman

j’ajoute cet article du Soir (journal de Belgique) sur le procès intentée par la fille de “disparus” à sa famille adoptive

01
nov
09

Le chevalier au loup

Roman de Viviane Moore aux éditions Thierry Magnier, 2009.

 

chevalierauloupEn cet hiver de l’an 1198, Padrig Le Jaquez, fameux guide de Compostelle prend en charge un nouveau groupe de pèlerins. Il doit les conduire jusqu’à St Jacques de Compostelle depuis la Bretagne, un voyage éprouvant et dangereux de plus de 6 mois. Armel, son fils l’accompagne pour la 1re fois dans cette périlleux épreuve. Il doit connaître le chemin pour succéder à son père : un apprentissage difficile et angoissant pour le jeune Breton qui ignore s’il sera à la hauteur.

Le groupe de pèlerins se révèle difficile à mener, il y a des personnages qui n’inspirent pas confiance à Padrig, mais Armel ne s’en émeut guère, les yeux de la belle Morgan lui donne du courage et l’envie de se surpasser. il en sera bien obligé puisque son père est assassiné et qu’il doit désormais prendre la tête du groupe; or les pillards et les bandits hantent les chemins, une horde de loups répand la terreur et la mort rôde autour des pèlerins. Aidé par le chevalier au loup qui rejoint le groupe, Armel va devoir surmonter bien des épreuves et s’affirmer comme guide de Compostelle et quand en plus s’y mêle un chasse au trésor, les journées du jeune hommes seront mouvementées !

Un bon roman qui découragera peut être les lecteurs les moins aguerris. En effet, la multiplication des personnages, la complexité des liens entre eux, les nombreux détails sur les alliances entre seigneurs de Bretagne et l’intrigue elle-même font du “Chevalier au loup” un livre qui peut être assez difficile d’accès. Par contre, on se sent embarqués dans ce Moyen âge rugueux dès les premières pages et l’on glisse nos pas dans ceux des pèlerins, glacés par la morsure du froid de cet hiver interminable et angoissés à chaque nouvelle épreuve qui se présente. En fait, le pèlerinage sert de prétexte à la mise en place d’une intrigue quasi policière dans laquelle Armel prend une place prépondérante.

Surprenant ce choix de titre parce que le chevalier Alan de Lesneven  s’il est bien présent dans le roman joue un rôle moins capital qu’Armel qui est le personnage véritable fil conducteur du roman.

Un beau récit, bien écrit qui plus est, qui nous en apprend plus sur ces incroyables pèlerinages qui exigeaient bien du courage  et une foi inébranlable pour les accomplir.

 

31
oct
09

L’oeuf du démon

Roman d’Eric Boisset publié aux éditions Plon jeunesse, 2008. ISBN : 2-259-20870-3

boissetZacharie reçoit par la poste un mystérieux colis : il contient un objet en forme d’oeuf fermé par un étrange mécanisme.  Sa curiosité le pousse à vouloir l’ouvrir, sans succès. Il demande alors l’aide de son ami Farouk. Ils constatent que trois mots en arabe son gravés dans le métal du fermoir. Farouk propose alors d’avoir recours à sa grand mère berbère. Mais celle-ci refuse de traduire la formule, elle les prévient : prononcer ces mots libérerait la force maléfique tapis dans l’oeuf !

Plaisant  et facile à lire, ce roman de Fantasy n’est pas un grand roman mais il plaira sans nul doute aux collégiens qui devraient apprécier les deux personnages principaux dont le langage leur parlera. Il y a beaucoup d’humour et de situations cocasses, le mauvais génie est démoniaque à souhait et les péripéties s’enchaînent. Un roman qui fonctionne bien, la succession de courts paragraphes nous entraîne vers une fin dont on ignore tout; un titre qui devraient trouver sans peine ses lecteurs.

28
jan
09

à-pic

seckaRoman de franck Secka aux éditions Thierry Magnier, 2002.

Pour une fois qu’il peut accompagner son frère au sport d’hiver, le héros ne se fait pas prier. Direction Thal et ses pistes de ski mais aussi la vie en groupe…pas toujours facile quand on est le plus jeune et que l’on (se) découvre. Des découvertes, ce jeune ado en fera, notamment en ce qui concerne les sentiments amoureux et l’attirance pour le corps de l’autre, surtout que c’est celui d’un autre garçon.

Un roman qui se lit très vite, des phrases courtes, des chapitres concis mais une écriture assez lapidaire, sans beaucoup de relief. Si le thème de l’homosexualité est effectivement traité, il arrive assez tard dans le roman et on se demande s’il était nécessaire de planter aussi longtemps le décor. C’est un roman d’apprentissage qui permet de faire vivre les réactions de l’ado, ses sentiments, ses perceptions, ses doutes et ses peurs mais aussi bien sûr le regard des autres. l’ambivalence des sentiments est également intéressante entre Samuel (le grand) qui refuse de reconnaître son attirance et le héros qui lui assume et se retrouve tenaillé par la force du désir d’être en communion. Or tout cela est traité un peu rapidemment à mon goût et presque avec trop de désinvolture. Ce qui aurait pu être riche et captivant pour un adolescent-lecteur en proie au questionnement sur son identité sexuelle en construction se limite à un récit mal ficelé qui laisse de marbre une fois la dernière page tournée. Dommage.

02
jan
09

Le jour nouveau

Roman de Joël Breurec aux éditions Syros. 2007

breurecjourPhilippe est dans un collège militaire comme pensionnaire une grande partie de l’année, il rentre rarement chez ses parents et lorsque sonne l’heure des vacances, c’est pour aller en camps scout. Philippe ne subit pas, c’est un choix personnel pour lui qui aspire à devenir un officier et qui travaille pour être dans les meilleurs. Mais la vie en communauté fermée comme un collège militaire et son encadrement strict occasionne de mauvaises surprises au héros soudain confrontés à la violence et la lâcheté. Subir ou agir ? Le personnage de Philippe grandit sous les yeux du lecteur.

Étrange roman qui semble nous emmener dans le passé tant le cadre de l’histoire ressemble à une histoire d’enfant de troupe des années 50 (on pense à “Allons z’enfant” d’Yves Gibaut ou mieux encore au roman de  Charles Juliet ” l’année de l’éveil“). Pas d’indice temporel (hormis que cela se passe après la guerre d’Algérie), mais on a vraiment un sentiment de décalage avec la vie d’aujourd’hui…à moins que ce ne soit l’univers de philippe qui soit suranné.  Toujours est-il que l’on entre bien dans cette histoire courte et bien rythmée et que le fait que ce soit un garçon programmé pour embrasser la carrière des armes qui se rebelle ajoute au crédit de ce roman. Il faut dire qu’il lui faudra du courage pour affronter la rigité de ses parents et dénoncer les coupables agissements du prêtre qui encadre les scouts dès lors qu’il s’agit de son petit frère. Si le héros a des idées bien ancrées et qu’il reste fidèle aux valeurs inculquées, il sait également s’ouvrir aux autres, accepter la différence, et il apprend peu à peu à prendre ses responsabilités : une belle leçon de vie !




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