Balle perdue

51goytpvzal_aa240_.jpgRoman de Mouloud Akkouche aux éditions du Seuil ( Karactère(s))

Je devrais peut- être relire ce livre pour le juger plus sereinement. Je n’ai pas apprécié l’écriture de M. Akkouche que j’ai trouvé sans relief, agrémentée bien sûr des inévitables écarts de langage que l’on s’attend à lire dans un roman qui se déroule dans une cité mais même là, ça sonne faux. On dirait pour un acteur que c’est sur joué. Les personnages ne me semblent pas suffisamment “habités” (sauf Rocheteau) pour être crédibles et de leurs rencontres ne jaillit aucune émotion. Un roman - contrairement au titre de la collection - sans caractère… A dire vrai, il m’a tellement peu captivé que je ne vois rien d’autre à en dire, mais je passe peut-être à côté d’un bon titre !

Un endroit pour vivre

blondel.jpgRoman de Jean-Philippe Blondel aux éditions Actes Sud Junior (D’une seule voix). 2007

C’est un lycée ordinaire dans lequel se côtoient adultes et jeunes. C’est dans ce lieu qu’ils passent le plus clair de leur temps : c’est un lieu de vie. Peut-on vraiment dire cela se demande le narrateur quand le nouveau proviseur impose sons autorité à coup d’interdictions ? Mais il y aura le sermon de trop, les injustices qui poussent à la révolte et le narrateur - un garçon pourtant calme et réservé - va s’y opposer à sa manière : c’est avec un caméscope qu’il va raconter le lycée et ceux qui y vivent, et cela ne sera pas sans conséquences…

Une collection que je ne connaissais pas (D’une seule voix) qui prend le parti de privilégier les textes à mettre en bouche, à dire à haute voix, à se transmettre. Pour ce faire, l’écriture est volontairement en gros caractères pour en faciliter la lecture oralisée, et cela tombe bien parce que c’est aussi un livre dont l’écriture a du caractère. Très vite, le lecteur est embarqué dans l’histoire vue par le regard du narrateur. Il est le témoin de la vie dans l’établissement et tout en se cachant derrière son caméscope, il va nous révéler la “vraie vie” du lycée, mais aussi se révéler à lui-même et aux autres. Timide, réservé, il devient tout autre dès lors qu’il voit le lycée par le prisme de sa caméra. Les élèves que filme le narrateur ne sont pas ceux que le proviseur voudrait donner à voir : des déviants plus attirés par les roucoulades amoureuses que le travail, des rétifs qu’il faut mater. Chaque geste capturé, chaque attitude mise en image par le narrateur dégage du sens, provoque de l’émotion, suscite le respect pour ces jeunes qui passent dans ces murs la majeure partie de leur journée. Il aime ces personnages qui vont nourrir son film. Ils ne sont pas les acteurs de ce court métrage, ils sont les élèves de ce lycée qui résistent à la brutalité d’un règlement pour vivre leur jeunesse avec toute leur énergie vitale. Une énergie qui parcoure le texte très bien écrit de Jean-Philippe Blondel et qui séduit le lecteur et l’emporte dans la fougue d’un court récit plein d’allant. En tournant ses images, le narrateur est porté par l’émotion, la même qui gagne le lecteur au fur et à mesure qu’il tourne les pages. Un texte séduisant, une langue originale qui devrait captiver les lycéennes et lycéens qui accepteront de visionner les rush de cette vidéo de papier.

Léna et la vraie vie

lena.jpgRoman de Yaël Hassan aux éditions Seuil (collection Karactère(s)) 2007

Léna vit dans une famille aisée. Elle ne manque de rien..si ce n’est d’amour et d’attention, mais ses parents sont trop occupés. Avec sa mère, les relations sont devenues impossible, Léna ne le supporte plus, elle demande à quitter la maison pour poursuivre ses études en internat. C’est la découverte d’un nouvel univers pour Léna qui manque de confiance en elle. Jeune fille réservée et timide, elle appréhende le premier jour. L’accueil est excellent  par la responsable de l’internat, elle découvre son internat (de luxe) et sa camarade de chambre. Le contact semble passer dès le début avec cette Marine qui semble prête à tout partager avec Léna…mais son vrai visage ne tardera pas à se révéler et Léna devra affronter bien des tourments dans son internat. Heureusement qu’elle a son journal intime pour se confier et le regard attentionné d’un garçon qui ne la laisse pas insensible. Avec la découverte de l’internat, Léna s’ouvre à la vie…

L’idée de l’internat n’est pas originale, la narration encore moins. Beaucoup de clichés, des situations convenues, des dialogues qui sonnent creux : on s’ennuie un peu à la lecture de ce modeste roman de Yaël Hassan. L’écriture est sans relief, le personnage de Léna est assez attachant et pourtant on a du mal à éprouver beaucoup d’émotion au récit de ses aventures d’internat. J’ai le sentiment que l’auteur n’a pas su trouver le ton juste pour un roman destiné à des  lecteurs plus âgés. Les découvertes de Léna ne sont pas inintéressantes  : la jalousie, l’amitié, l’amour et puis surtout apprendre à se dépasser pour s’affirmer. Autant de sentiments qui accrochent les  ados en construction. Il n’en reste pas moins que pour moi  c’est un peu “gnan-gnan” et la fin est à l’image du roman : terne et sans saveur.

16-1=14

Roman d’Evelyne Wilwerth aux éditions Mijade, 2007.

Seize élèves d’une classe de lycée en Belgique, gagnent un voyage à Montréal après avoir participé à un concours littéraire organisé par les éditions Médor-ça-Mord…Dès le lendemain, Airelle, l’une des jeunes filles du groupe ne se présente  pas  au petit-déjeuner : tout semble indiquer qu’elle a fugué. Guillaumin, son meilleur ami, se lance à sa recherche.

Rares sont les livres qui m’agacent, celui-ci y est particulièrement bien parvenu. L’histoire est abracadabrante, trop d’éléments entachent la crédibilité de ce roman. La réaction des enseignants en premier lieu qui me semble totalement irréaliste : alors qu’ils sont confrontés à une disparition, pas d’angoisse, pas d’appel à la police, le séjour se poursuit. Régulièrement, les profs se rencontreront pour des réunions afin de faire le bilan : à chaque fois, leurs dialogues sont incroyables, on frise le ridicule ou alors se sont des champions de la décontraction et comme la fin leur donnera raison…Néanmoins on peut sérieusement douter de la capacité d’enseignants en responsabilité à relativiser à ce point alors qu’ils encadrent des élèves. Tout est du même ordre au fil du roman, ils quittent le groupe individuellement, vont se boire un pot, laissent un élève à l’auberge seul, n’accompagnent pas Tom qui doit se rendre seul à la Police pour faire une déposition. Ce même Tom qui quitte l’auberge une première fois pour se hisser sur une grue (en plein hiver canadien), l’escalade, se porte jusqu’à la flèche avec des idées suicidaires et est invité à faire le poirier au sommet de la grue par la directrice à peine déstabilisée, pour éviter qu’il ne passe à l’acte. A son retour au sol, tout est oublié, il rejoint le groupe…qui poursuit ses activités alors que Guillaumin est à son tour parti - seul - à la recherche d’Airelle. Sans prévenir la police, les profs attendent les infos transmises par Guillaumin sans savoir où il se trouve… Des exemples tels que ceux-là on en trouve des dizaine : personnellement je n’ai pas pu supporter.

Pour ce qui est de l’écriture, pas plus de satisfactions, des phases hachées ponctuées d’insupportables points d’exclamation et d’interrogation qui inondent les pages et sont sensés donner chair aux doutes des personnages ou nous faire ressentir leurs émotions….en vain ! Les paragraphes se succèdent sans être vraiment liés; On saute souvent d’un personnage à un autre dans un fouillis échevelé, la seule structure est la succession des jours et l’on se prend à espérer que la fin du séjour est proche tant la lecture est pénible et sans saveur. Seuls instants d’émotions en lisant quelques pages : celles où la classe rencontre une écrivaine (même si le contact en si peu de temps est surréaliste mais les mots sonnent justes), celles enfin qui constituent le journal intime d’Airelle. Là, on a le sentiment d’être dans les doutes, les peurs, les atermoiements propres à la période d’adolescence surtout qu’Airelle est confrontée à un cataclysme et c’est fort bien dit…dommage que tout le reste du roman soit à ce point décevant. Un bien mauvais moment de lecture, mais je serais curieux d’avoir l’avis de lecteurs ados !

La route de midland

cathrine3.jpgRoman d’Arnaud Cathrine aux éditions Verticales, 2001

Sur la route de Midland, on accompagne Will qui vient de reconnaître à la morgue le corps sans vie de son frère. Il décide de l’emmener dans un van réfrigéré pour le protéger de la chaleur ambiante dans ce coin désolé des Etats-unis. Que faire de ce corps qui ravive chez Will les traumatismes de son enfance ? Pour le moment, Will s’arrête au Salt Café, prend une chambre et, unique résident du motel, apprend à connaître Zach, le vieux mécanicien noir, Singer, l’adolescent orphelin et Amy, la gérante qui l’a recueilli. Will ne quittera pas le Salt Café jusqu’au dénouement, les chemins de chacun des personnages étant amenés à se croiser inéluctablement.

Dans les yeux secs, A. Cathrine laissait entrevoir les tourments d’un univers où les démons de l’enfance sont très présents. Sur la route de Midland, ces démons s’emparent de chaque page et entraînent le lecteur dans un éprouvant séjour au Texas avec ces personnages tourmentés, fracassés par la vie dont rien de leur peurs, ni de leurs drames ne nous est caché. De la crudité parfois, des scènes insoutenables, mais un récit qui sonne juste, une narration pleine de vivacité ponctuée de phrases courtes qui guident le lecteur vers le dénouement sans lui laisser le temps de respirer. J’ai aimé ce récit polyphonique où les voix de chacun des personnages se succèdent dans un tourbillon d’émotions et de drames intimes qui tout en révélant les personnages dans leur noirceur, nous les rend proches. Ils sont complexes les personnages de Cathrine, ils sont profondément humains, marqués par leur histoire personnelle qui conditionne la relation à l’autre : un roman dur, étouffant comme la chaleur texane mais terriblement efficace.

Les yeux secs

cathrine2.gifRoman d’Arnaud Cathrine aux éditions J’ai Lu, 1999

Premier roman d’un auteur dont j’ai déjà lu quelques titres en jeunesse (Mon démon s’appelle Martin), mais que j’ai eu envie de découvrir en profondeur après avoir lu une longue interview de lui dans Lecture Jeune, la revue consacrée aux lectures adolescentes. Ce romancier a une voix bien à lui, il a construit une oeuvre forte dont les thèmes parlent aux adolescents, les chroniques qui vont suivre sont toutes consacrées à ses ouvrages.

Dans Les yeux secs, le lecteur est plongé d’emblée dans une scène digne d’un film de guerre. Pas au milieu d’une bataille, mais dans une ville dévastée après les affrontements, quand les survivants se terrent et que rôde l’ennemi à la recherche de ceux qu’ils faut “éliminer”. Hamjha et Odell guettent la milice, ils se cachent en se faisant passer pour morts…enchevêtrés avec les corps de leurs parents assassinés par ces mêmes miliciens. C’est dans cette angoissante attente de l’inéluctable (ils doivent être couchés sur “la liste”, leur sort est scellé), dans la promiscuité de la mort de leur mère et leur père que toute la narration s’organise. Celui qui raconte, c’est Odell, otage de la peur et en perte de repères dans cet univers bouleversé par la guerre.

Le thème est dur, rien n’est dit de cette guerre que l’on imagine pourtant assez bien comme se déroulant dans les Balkans il y a peu. Tout le roman est bâtit sur le ressenti d’Odell qui raconte la plongée dans l’horreur pour ces deux adolescents qui ont vu mourir sous leurs yeux leurs parents et qui ne voient aucune issue à leur sort, si ce n’est attendre leurs bourreaux. Un récit sombre qui charrie l’odeur du sang et de la peur, dont les pages sourdent de l’angoisse montante d’Hamijha et Odell prêts à se déchirer tant cet atmosphère de guerre annihile toutes valeurs et met à nue les faiblesses de chacun. Un récit dur et âpre, constitué de phrases courtes et tranchantes dans une écriture épurée qui laisse un goût amer dans la bouche, qui met mal à l’aise parce qu’il est sans complaisance : un récit de guerre qui interroge le lecteur sur lui-même.

Les sirènes de Bagdad

sirenes.gifRoman de Yasmina Khadra. Pocket 2006

A Kafr Karam, petit village en Irak, la guerre déclenchée par l’entrée des troupes américaines en 2003 reste confinées aux images télévisées commentées par les Anciens ou les jeunes au minable bar du coin. Chacun s’exprime selon son statut, il faut respecter les traditions et les coutumes dans ce village où l’on est d’abord Bédouin abavnt dêtre irakien. Mais la guerre ne peut rester éternellement aux portes du village, et le narrateur, effacé et emprunté au début de cette histoire, nous raconte comment il a été rattrappé par son invraisemblable violence. Ce ne sera plus dès lors qu’une lente et angoissante descente aux Enfers : Bagdad.

Encore un roman d’une rare puissance par l’auteur des Hirondelles de Kaboul ou de L’attentat. Cette fois-ci - mais comment aurait-il pu en être autrement ? - Y. Khadra nous précipite dans la violence aveugle de la guerre en Irak. Il a choisi le point de vue d’un simple Bédouin profané par une humiliation que l’occidental moyen peinera à comprendre. D’ailleurs, nombre de codes, de conduites dans cet orient méconnu échappent au lecteur occidental, le roman n’en est que plus captivant. Mais surtout, ce que raconte le roman, c’est l’implacable mécanisme engendré par la guerre, la peur, l’offense qui une fois lancé, entraîne les hommes dans les pires exactions et jusqu’à l’anéantissement de soi et des autres quels qu’ils soient. Plus de codes, plus de règles, la guerre abolit tout, la haine prend le pas sur la sagesse, le fanatisme se repaît des humiliations subies. C’est effrayant de brutalité, ce sont les images de cette guerre d’Irak entrevues à la TV qui prennent sens. Ces chairs suppliciées, explosées, les mots de Khadra leur donnent des noms, des visages. Après avoir lu les sirènes de Bagdad, on ne sort pas indemne du récit et leurs longues plaintes résonnent encore longtemps en nous, la dernière page tournée. Mais on peut aussi comprendre autrement ce titre, et voir en Bagdad un chaudron infernal où viennent se perdre tout ceux que le chant des sirènes de la mort et de la haine appellent. Une fois encore, c’est le processus mortifère qui conduit au geste terroriste ultime qui est décrypté par Y. Khadra. L’homme est d’une immense et effrayante fragilité, il est capable du pire, mais parfois la lumière rejaillit : lisez ce roman pour en être encore persuadé.

Uglies

ugli.jpgRoman de Scott Westerfield aux éditions Pocket Jeunesse. Trad. de l’anglais (USA) par Guillaume Fournier. 2007

Dans ce roman, les Uglies ce sont ceux qui n’ont pas encore atteint l’âge de 16 ans. A la date de leur anniversaire, ils quitteront cet état peu enviable pour entrer dans la peau (au propre comme au figuré) de Pretties. Rester “moche” est donc un véritable défi à cette société où les Autorités promettent le paradis en quitrant la laideur pour la perfection…Tally est sur le point de subir l’opération quand elle rencontre une étrange jeune fille qui refuse de devenir Pretty. Leur amitié, soudaine et pleine de complicité entraîne Tally chez les rebelles.

Est-ce la traduction ? Malgré les prix glanés ici et là, je n’ai pas été séduit par ce roman. Des longueurs qui freinent le récit, des personnages dont les revirements sont si soudain qu’ils deviennent peu crédibles et surtout une écriture assez peu séduisante : la lecture du roman de S. Westerfield m’a laissé un peu d’amertume en bouche. L’idée est intéressante et fait écho à cette tyrannie du paraître qui gangrène peu à peu notre société et en cela, le roman réussit à susciter la réflexion via la fiction, mais si l’on tarde à découvrir le camps des rebelles (et cela se justifiait assez même si des longueurs auraient pu être évitées), la suite va trop vite et on reste en surface à observer de loin cette micro-société qui revit en dehors du paradis promis. Certains personnages auraient gagné à être plus fouillé (Mrs Cable par exemple), et les atermoiement de Tally à force d’être répétitif et soudain perdent en crédibilité. Ce tome 1 ne me donne guère envie de découvrir le 2e, mais vos commentaires me feront peut-être changer d’avis !

Suite française

suite.jpgRoman d’Irène Némirovsky aux éditions Gallimard (collection Folio) . 2004

Bien sûr il y a la petite histoire autour de ce roman (ces romans) conservé(s) pendant des années par la fille d’ Irène Némirovsky et qui ne sera exhumé que tardivement pour connaître le succès littéraire qu’on sait, couronné du prix Renaudot. Mais plus que tout c’est la qualité littéraire du texte lui-même qui emporte le lecteur dans la débacle de juin 40 puis dans les âmes incertaines des villageois d’un coin de France occupé par le vainqueur allemand.

Deux parties donc pour ou deux romans joints qui gagnent peu à peu le lecteur, le ferrent et ne le lâchent plus jusqu’à la fin. Dans “Tempête en juin”, Irène Némirovsky nous jette sur les routes de France au milieu de la cohorte de réfugiés qui tentent d’échapper à l’assaut brutal de l’armée allemande. Que l’on soit bourgeois ou prolétaire, c’est la peur et l’instinct de survie qui règne en maître mais les uns plus que les autres savent s’adapter aux situations d’exception. Triste tableau que ces “nobles” privés de leurs domestiques qui sont désemparés quand on n’est plus à leur service et quand l’argent (le maître étalon de leur vie jusqu’ici sans anicroche) ne parvient plus à les maintenir à flot. Des portraits au vitriol, une plongée impudique dans les âmes sombres d’un peuple aux abois : le récit tient en haleine et laisse remonter au gré des pages tournées, des effluves nauséabondes que l’histoire revisitée de la libération a bien gommé. On reste pantois devant tant de cynisme, tant de veulerie…on se dit qu’on aurait pas voulu y être parmi ces réfugiés et on se prend à se demander : comment nous serions-nous comportés ? La force du roman, c’est aussi d’interroger le lecteur de notre époque sur la capacité des hommes à revenir rapidement à la bestialité voire la monstruosité dans des période de grande incertitude, quand tout repère est effacé, quand les pires instincts ressurgissent pour survivre.

La seconde partie (Dolce), nous donne à voir l’occupation proprement dite des armées allemandes dans un petit village de France. Une pléiade de personnages -allemand et français- donne chair à ce récit qui, parfaitement maîtrisé, fait ressentir au lecteur toutes les ambiguïté de ce temps de l’occupation. Dans ce village de France occupée, les vainqueurs sont d’abord craints et redoutés mais ils ne laissent pas insensibles non plus avec leur jeunesse resplendissante dans leurs stricts uniformes. Ils sont vainqueurs et ils en imposent à ce peuple de vaincus qui les observe craintivement derrière les persiennes entrouvertes en ce chaud été 1940. Après les périls de juin, c’est presque un soulagement de voir les choses reprendre leur place et chacun s’accommode plus ou moins de la présence de ces hôtes imposés. L’auteur excelle à nous faire pénétrer dans les pensées des hommes et des femmes de l’époque en en révélant les réflexes de classe, en insistants sur leurs contradictions et leurs atermoiements magistralement rendus par les dialogues. Là encore, rien n’est simple et l’on ne peut porter de jugement sur l’un ou l’autre des personnages qui endossent les différents visages de français qui commencent (ou non) à s’habituer à vivre sous le joug de l’occupant. Certains sont intransigeant et résistent tant bien que mal (on songe à la nouvelle de Vercors), d’autres acceptent le nouvel ordre et l’on devine qu’il basculeront bientôt dans la collaboration, d’autres encore, découvrent dans l’ennemi, l’homme qui lui aussi éprouve des passions, des sentiments.

La troublante relation qui se noue entre l’officier allemand, Von Falk et Lucille Angellier met le doigt sur l’ambiguïté de ces situations où, au-delà des uniformes, des conventions et des haines, des esprits et des coeurs se rencontrent. En cet été 40, la répression n’était pas encore ominprésente mais l’on sent son emprise grandissante. Le récit d’Irène Némirovsky nous fait bien sentir que l’inéluctable est au bout de ces mots couchés sur le papier, cette histoire française à laquelle elle ne pourra mettre le mot fin.

Ouest

ouest.jpgRoman de François Vallejo aux éditions Viviane Hamy. 2006

Voilà un roman dans lequel j’ai eu un peu de mal à entrer mais quel bonheur par la suite ! Nous voici vers les années 1848, le vieux baron de l’Aubépine se meurt, son fils lui succède mais il n’est pas le digne héritier de cette aristocratie de province férue de traditions et jalouse de ses prérogatives. Le sieur de l’Aubépine est lui enthousiasmé par la République et les écrits de Victor Hugo jusqu’à donner la main sur les barricades ! Cela fait jaser dans les campagnes et suscite l’incompréhension de ses gens et parmi eux le garde-chasse Lambert.

Les personnages occupent tout l’espace du roman, surtout ceux qui se déchirent - Lambert et son maître- mais il en est un autre qui justifie le titre : l’Ouest. Dans les profondeurs de la campagne se joue le drame et la psychologie des personnages est étroitement liée à cet attachement atavique à la terre. C’est elle le véritable moteur des passions, c’est à cause de la terre que la tragédie se noue dans cet étouffant huis clos merveilleusement maîtrisé.

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